Solennité de la Toussaint

Première lecture

Lecture de l'Apocalypse de saint Jean, (VII,2-4 & 9-14)[1].

Moi, Jean, j'ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d'une voix forte il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu.[2] » Et j'entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, douze mille de chacune des douze tribus d'Israël[3].

Après cela, j'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d'une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau ! » Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ![4] »

L'un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? » Je lui répondis : « C'est toi qui le sais, mon Seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. »


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Cette vision célèbre de l'Apocalypse qui précède la jugement des hommes, illustre la parole de Jésus : « Dieu enverra ses anges... et, des quatre vents, d'une extrémité des cieux à l'autre, ils rassembleront ses élus » (évangile selon saint Matthieu, XXIV 31). Pour qu'ils échappent au châtiment, Dieu fait marquer ses fidèles car ils n'appartiennent plus au monde ancien qui va disparaître. Des images grandioses expriment l’Eglise qui, formée de 144 000 élus, est l’Israël de Dieu. Ce chiffre symbolique signifie la totalité, la réussite de ce peuple que Dieu rassemble depuis Abraham. Il comprend des juifs et aussi des païens devenus serviteurs du Dieu vivant. Pourtant, au risque de contredire ce chiffre, l’Eglise est aussi « une foule immense que nul ne peut dénombrer » : elle célèbre la royauté de Dieu et de l'Agneau, de qui vient le salut. Elle s'unit ainsi à la liturgie céleste des anges. L'Eglise n'est pas encore le Royaume, mais elle participe déjà à l’éternelle louange. L'Eglise est tournée vers l'adoration du Dieu vivant, malgré les empires, leurs souverains et leurs idoles. L'Eglise est faite des saints de partout et de tous temps qui, en baptisés fidèles, ont traversé et traversent encore la grande épreuve.

[2] L’ange qui vient « du côté où le soleil se lève », c’est-à-dire de Jérusalem d’où vient le salut par la mort et la résurrection du Christ, ordonne aux quatre anges dévastateurs d’attendre que les serviteurs de Dieu soient marqués du sceau. Il s’agit d’une allusion aux coutumes antiques où des esclaves, des soldats et des serviteurs de certains temples portaient, imprimés au fer rouge ou tatoués, des signes attestant qu'ils étaient la propriété de tel maître, qu'ils lui étaient consacrés et, par conséquents, inviolables. Dans une vision d’Ezéchiel, on entend « la gloire du Dieu d’Israël » ordonner : « Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et tu marqueras d’une croix au front les hommes qui gémissent et qui geignent sur toutes les abominations qui se commettent au milieu d’elle » (Ezéchiel, IX 4). Ici, c’est à l’évidence, le symbole du baptême que les premiers chrétiens appelaient sphragis (sceau) ; « Vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit promis, arrhes de notre héritage, en vue du rachat » (épître de saint Paul aux Ephésiens, I 13 & IV 30) ; « Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau » (deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens, I 22).

[3] 144 000 doit être entendu dans un sens symbolique : il s’agit du carré de 12 (lui-même constitué de 3, nombre de Dieu, multiplié par 4, nombre du monde créé) qui représente déjà une multitude infinie, multiplié par 1 000 : la plénitude de la plénitude.

« Ce seul endroit devrait faire voit combien se tromperaient ceux qui voudraient toujours s'imaginer un nombre exact et précis dans les nombres de l'Apocalypse. Car, faudra-t-il croire qu'il y ait précisément dans chaque tribu 12 000 élus, ni plus, ni moins pour composer ce nombre total de 144 000 ? Ce n'est pas par de telles minuties, ni avec cette scrupuleuse petitesse d'esprit que les oracles divins doivent être expliqués. Il faut entendre dans les nombres de l'Apocalypse une certaine raison mystique à laquelle le Saint Esprit veut nous rendre attentifs (...) Il faut voir dans la solidité d'un nombre si parfaitement carré l'éternelle immutabilité de la vérité de Dieu et de ses promesses » (J.-B. Bossuet : De excidio Babylonis », prima desmonstratio, admonitio II).

[4] Amen, depuis toujours a conclu les prières de l'Eglise, et déjà au II° siècle, saint Justin écrivait : « Quand les prières et l'action de grâces sont terminées, tous ceux du peuple qui sont présents, acclament avec enthousiasme : Amen ! » ; saint Jérôme, au V° siècle, croyait ici « entendre un roulement de tonnerre. » Saint Augustin disait : « Ton Amen est ta signature, ton consentement, ta confirmation. »