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17e dimanche des temps ordinaires
Evangile
Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l'a appris à ses disciples »[1]. Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié[2], que ton règne vienne[3]. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour[4]. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous[5]. Et ne nous laisse pas succomber pas à la tentation[6] ». Jésus leur dit encore : « Supposons que l'un de vous ait un ami et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander : ‘ Mon ami, prête-moi trois pains : un de mes amis arrive de voyage, et je n'ai rien à lui offrir. ’ Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond : ‘ Ne viens pas me tourmenter ! Maintenant, la porte est fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner du pain ’, moi, je vous l'affirme : même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu'il lui faut. Eh bien ! moi, je vous dis : demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte[7]. Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre[8]. Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? ou un scorpion, quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ?[9] » Textes liturgiques © AELF, Paris [1] Beaucoup demandent ce qu'il ne faut pas demander, dans l’ignorance où ils sont de ce qui leur est vraiment utile. Il faut éviter deux choses dans la prière, demander ce qu'il ne faut pas demander et demander à celui qu’il n'est pas permis d’invoquer. Il ne faut rien demander au démon, aux idoles, aux faux dieux. C’est à Jésus-Christ, le Seigneur notre Dieu, au Dieu, Père des prophètes, des apôtres et des martyrs, au Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au Dieu, Créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu'ils contiennent, c'est à lui qu'il faut demander ce dont vous avez besoin. Cependant il faut éviter de demander même à Dieu des choses défendues. Sous prétexte qu'on doit demander ce qui est nécessaire à la vie présente, ta prière sera sans fruit si tu l’adresses à des idoles sourdes et muettes ; de même si tu demandes à Dieu le Père qui est dans les cieux la mort de tes ennemis, à quoi ta prière te servira-t-elle ? N'avez-vous pas entendu dire ou lu vous-mêmes, dans le psaume où est prédit le châtiment du traitre Judas, comment le prophète parle de lui : « Que sa prière lui soit imputée comme un nouveau péché ! » Si donc, quand tu te léves pour prier, c’est du mal que tu souhaites à tes ennemis, ta prière t'est comptée comme un péché (...) Le Seigneur commence par retrancher de nos prières toute superfluité de paroles en nous recommandant de ne pas parler longuement à Dieu, comme s’il était nécessaire de lui apprendre quelque chose. C'est la piété et non la verbosité qui rend la prière efficace : « Votre Père sait ce qui vous est nécessaire avant même que vous le lui demandiez ». Ne lui parlez donc pas longuement ; il sait ce qu'il vous faut. Vous me direz : Si Dieu connaît tous nos besoins, inutile de les lui exprirner, même en peu de paroles. Pourquoi prier ? Il connaît notre indigence : à lui de nous venir en aide. S'il a voulu que tu demandes, c'est pour exciter ton désir de recevoir et relever à tes yeux le prix de ce qu'il donne ; c'est le désir qu'il veut exciter en toi, et les demandes que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous fait exprimer dans l'Oraison dominicale sont autant de formes de ce même désir. Du reste, tu ne dois pas demander autre chose que ce qui s'y trouve exprimé (saint Augustin : sermon LVI). [2] Quand nous disons « Que ton nom soit sanctifié », nous demandons qu'il soit sanctifié en nous, qui sommes en lui, mais aussi dans les autres que la grâce de Dieu attend encore, afin de nous conformer au précepte qui nous oblige de prier pour tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi nous ne disons pas expressément : Que ton nom soit sanctifié « en nous », car nous demandons qu'il le soit dans tous les hommes (Tertullien : « De Oratione », III). [3] Y eut-il un moment où Dieu n'ait pas régné ? Nous demandons par conséquent : que Celui qui toujours a régné pour lui-même, règne en nous maintenant, pour que nous aussi nous puissions régner en lui. Le diable a régné, le péché a régné, la mort a régné et longtemps la condition mortelle fut captive. Nous demandons par conséquent : que le diable périsse pour que Dieu règne, que le péché prenne fin, que la mort meure, que la captivité soit réduite à l'esclavage, pour que, devenus libres, nous régnlons pour la vie éternelle (saint Pierre Chrysologue : sermon LXVII). [4] Celui qui s'est donné à nous comme un père, qui nous a adoptés comme ses fils, qui nous a faits héritiers de ses biens, qui nous a exaltés par son nom, qui nous a fait don aussi de sa gloire et de son règne, a, en notre nom, ajouté cette demande du pain quotidien. Dans le Royaume des cieux, parmi des dons divins, que cherchent ces pauvres hommes ? Un père aussi tendre, aussi bon, aussi généreux n'accordera-t-il leur pain à ses enfants que s'ils le lui réclament ? Comment alors justifier cette parole : « Ne soyez pas en souci de ce que vous mangerez, ou de ce que vous boirez, ou de quoi vous serez vêtu » ? (évangile selon saint Matthieu, VI 31). Dieu ordonne-t-il de demander ce à quoi il interdit de penser ? Non. Le Père céleste exhorte ses enfants célestes à réclamer le pain céleste. Lui-même a dit : « Moi je suis le pain descendu du ciel » (évangile selon saint Jean, VI 51). Il est le pain semé dans la Vierge, fermenté dans la chair, confectionné au moment de la Passion, cuit au four du sépulcre. Enfoui dans les églises, apporté sur les autels, il fournit chaque jour aux fdèles une nourriture céleste (saint Pierre Chrysologue : sermon LXVII). [5] Voilà une vérité, mes sœurs, que nous devons bien considérer. Une faveur aussi grande et aussi importante que le pardon de notre Seigneur, pour des fautes qui auraient mérité le feu éternel, nous est accordée à la seule condition que nous accomplissions, en échange, une action d'aussi peu de prix que de pardonner nous-mêmes. Pour ma part j'ai tellement peu à pardonner que vous devez, Seigneur, me pardonner pour rien ; voilà une belle occasion de manifester votre miséricorde. Soyez béni, ô Père céleste, de ce que vous me supportez malgré ma pauvreté (sainte Thérèse d'Avila : « Le Chemin de la perfection », XXXVI). [6] Cette demande atteint la racine de la précédente, car nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous demandons à notre Père de ne pas nous y soumettre. Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie ne permets pas d’entrer dans (ou) ne nous laisse pas succomber à la tentation. « Dieu n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne » (Epître de saint Jacques, I 13) , il veut au contraire nous en libérer. Nous Lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat entre la chair et l’Esprit. Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force. L’Esprit Saint nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance le l’homme intérieur en vue d’une vertu éprouvée (Epître de saint Paul aux Romains, V 3-5), et la tentation, qui conduit au péché et à la mort. Nous devons aussi discerner entre être tenté et consentir à la tentation. Enfin, le discernement démasque le mensonge de la tentation : apparemment, son objet est bon, séduisant à voir, désirable (Genèse, III 6) alors que, en réalité, son fruit est la mort (« Catéchisme de l’Eglise Catholique »). [7] Il faut que nous méditions sérieusement et très attentivement ces paroles du Seigneur. Il affirme en effet que le Royaume n'appartiendra pas aux inactifs et aux désœuvrés, mais qu'il sera donné, manifesté et ouvert à ceux qui demandent, cherchent et frappent. Nous devons donc demander que la porte du Royaume nous soit ouverte, la chercher par notre vie droite et y frapper par notre persévérance. Car il ne suffit pas de prier uniquement en paroles, il nous faut encore chercher avec beaucoup de soin de quelle manière nous devons vivre pour être dignes d'obtenir ce que nous demandons (…) Il nous faut faire des demandes pressantes et des prières incessantes. Prosternons-nous devant Dieu, versons des larmes en présence du Seigneur qui nous a faits (saint Bède le Vénérable : homélie XIV). [8] Il faut toujours veiller, car nous sommes entourés d'une quantité d'embûches. Le sommeil du corps est lourd ; quant à l'âme, si elle commence à dormir, elle perdra sa force. Réveille-toi donc de ton sommeil, pour frapper à la porte du Christ...Souvent Dieu n'accorde pas ce qu'on lui demande dans la prière, parce qu'il juge inutiles des choses que nous croyons devoir nous être avantageuses (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 89 & 90). [9] Si nous demandons sans rtien obtenir, c'est qu’au lieu d’avoir demandé du pain nous avons demandé une pierre. Notre qualité d'enfants de Dieu ne suffit pas pour que nous soyons exaucés ; elle peut être la cause pour laquelle nous ne sommes pas exaucés : car nous avions demandé des choses qui ne nous étaient pas avantageuses. Demandez des grâces spirituelles et vous les recevrez certainernent. Voyez comme Salomon, demandant ce qu'il fallait, fut vite exaucé. Celui qui prie doit faire attention à deux choses : il doit demander avec ardeur et demander les choses qui conviennent. Si vous demandez les choses spirituelles, si vous demandez le pardon de vos fautes apres avoir pardonné vous-mêmes, si dans la paix, sans colère et sans querelles vous élevez vos mains vers Dieu (I Timothée, II 8), vous recevrez. Mais souvent notre demande est une moquerie ; elle est l’acte d'hommes ivres plutôt que d'hommes en possession d'eux-mêmes. Il donne des motifs bien puissants de confiance en la prière, et cependant il ne donne pas ici le plus puissant de tous : sa venue parmi nous. Celui qui nous a donné son propre Fils, et nous 1'a donné afin qu'il mourût pour nous, comment ne nous aurait-il pas donné tout le reste avec lui ? (saint Jean Chrysostôme : homélie XXIII sur l’évangile selon saint Matthieu, 4 & 5). |