3e dimanche des temps ordinaires

Première lecture

Lecture du premier livre de Néhémie (VIII 1-6 & 8-10)[1].

Quand arriva la fête du septième mois, tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place située devant la Porte des eaux. On demanda au scribe Esdras d'apporter le livre de la loi de Moïse, que le Seigneur avait donnée à Israël. Alors le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l'assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C'était le premier jour du septième mois.

Esdras, tourné vers la place de la Porte des eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu'à midi, en présence des hommes, des femmes et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès. Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l'assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l'on pouvait comprendre.

Néhémie[2], le gouverneur, Esdras, qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n'a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! »


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Avec Esdras (458), Israël vit une renaissance spirituelle. Après l'Exil (587-538), le peuple juif qui ne peut plus espérer un avenir politique glorieux, fait de la « Loi », la Torah (le Pentateuque), le centre de sa vie. Esdras le scribe, d’ordre d'Artaxerxès I°, roi de Perse, était responsable d'organiser juridiquement la province de Judée. Les rabbins du Talmud disent de lui : « Alors qu'lsraël avait oublié la Torah, Esdras arriva de Babylone et la rétablit. » On l'appelle le « secrétaire de la Loi du Dieu du Ciel » (Esdras, VII 12). Le livre de Néhémie fait partie de la synthèse qui comprend les deux livres des Chroniques, d'Esdras et de Néhémie. Le passage que nous lisons aujourd’hui est extrait des « mémoires d'Esdras » ; il contient des morceaux rédigés à la première personne (Esdras, VII 27 à IX 9 15), et des morceaux à la troisième personne, dont ce passage qui se situe à fête des Tentes. C'est une grande liesse où ceux qui ont semé dans les larmes moissonnent en chantant. On reconnaît les principaux éléments de ce qui deviendra le culte synagogal : l’assemblée, le lecteur bien en vue sur l'estrade de bois, la lecture solennelle, I'explication. Lorsque les lévites donnent le sens et font comprendre ce qui était lu, il se pourrait bien que ce soit l'origine du Targum, c'est-à-dire la traduction commentée, avec explications au fil du texte. La Torah apparaît comme la Parole qui soude le peuple et le libère. La Loi est l'espoir de l'assemblée : le psaume CXIX développe longuement cette perspective. Les communautes chrétiennes continuent de vivre de cette écoute et de cette méditation de la Loi et de la Parole. L'adhésion à la Torah est renouvellement de l'Alliance.

[2] Néhémie, fils d'Helcias, né en déportation, était échanson à la cour du roi Artaxerxès I°. En 445, son frère venu de Jérusalem lui représenta la situation lamentable des rapatriés : « Ils étaient en grande détresse et dans la confusion »; en outre les murs de la ville étaient détruits et les portes incendiées (Néhémie, I 3). Il s’ensuivait des difficultés économiques, la baisse de la vie religieuse, la tiédeur des prêtres. Néhémie décida de partir. Artaxerxès le nomma gouverneur de Jérusalem et lui remit un document écrit l'autorisant à rebâtir les murailles de la Ville. Il partit en secret (445). Parvenu à Jérusalem il commença par visiter de nuit les murailles de l'enceinte. Puis il convoqua les principaux d'entre les Juifs et leur montra l'autorisation royale. Le travail commença aussitôt. Les brèches furent bouchées et les tours reconstruites. Alors l'hostilité des Samaritains et des païens des alentours se manifesta violemment, mais rien n'y fit : Néhémie organisa deux équipes dont l'une travaillait quand l'autre veillait en armes. En moins de deux mois la muraille fut terminée, et les Juifs purent vivre selon les prescriptions de la Loi. L'action de Néhémie s'exerce ensuite sur le plan spirituel. La lecture attentive de la Loi de Moise et son commentaire autorisé. durent plusieurs jours pour se terminer par un renouvellement de l'Alliance, consigné dans un document signé par les principaux prêtres, lévites et des anciens (Néhémie, X). Reparti en 433, Néhémie semble être revenu en terre sainte vers 425, à la suite de renseignements indiquant une nouvelle baisse notable de la vie religieuse. Cette fois, il exigea de tous l'observation intégrale sabbatique, et des prêtres le respect du Temple avec l'accomplissement de leurs fonctions. Surtout il s’attaqua aux mariages conclus avec les étrangères (Néhémie, XIII 23-25). La réforme fut assez profonde et n’épargna pas même la classe sacerdotale puisque Néhémie chassa grand prêtre Joïadas, parce qu'il avait épousé une fille de Sanballat, pacha de Samarie (Néhémie, XIII 28). Tempérament de chef, optimiste mais réfléchi, exigeant mais avec le sens du possible, Néhémie exerça une considérable sur la communauté du retour : du point de vue administratif, il obtint pour la Judée, rattachée à la province de Samarie, une complète autonomie ; de vue religieux il a permis à la foi juive de s’épanouir en ravivant le sens de l'Alliance.