32e dimanche des temps ordinaires

Première lecture

Lecture du premier livre des Rois (XVII 10-16)[1].

Le prophète Elie partit pour Sarepta[2], et il parvint à l'entrée de la ville. Uns veuve[3] ramassait du bois ; il l'appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d'eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain ». Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n'ai pas de pain. J'ai seulement dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d'huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons et puis nous mourrons ». Elie lui dit alors : « N'aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d'abord cuis-moi un petit pain et apporte-le moi, ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra, jusqu'au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre ». La femme alla faire ce qu'Elie lui avait demandé, et longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s'épuisa pas, et le vase d'huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l'avait annoncé par la bouche d'Elie[4].


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Ce passage est tiré du « cycle d’Elie » qui relatent les faits marquants de sa mission prophétique. Elie va s'affronter au roi Achab d'lsraël qui avait introduit le culte de Baal à Samarie, pour plaire à son épouse Jézabel, une Phénicienne (I Rois, XVI 31-33). Les chapitres XVII et XVIII sont dominés par le fléau de la sécheresse, sanction de l'idolâtrie d'lsraël, et ses conséquences. Elie reçoit l'ordre d'aller au pays de Sidon (d'où étaient venus les cultes païens) pour y être héhergé par une pauvre veuve. Il va lui accorder, de la part de Dieu, la farine et l'huile dont elle a besoin pour vivre, elle et son fils. Plusieurs centres d'intérêt apparaissent dans ce texte. Premièrement, il met en scène une veuve, du pays de Sidon, seule avec son fils. La femme est donc une étrangère, comme le souligne l'allusion de Jésus (évangile selon saint Luc, IV 25), et son fils est orphelin de père. Voilà réunie la triade : veuve-orphelin-étranger, nommée dans les textes législatifs comme type des catégories spécialement défavorisées, dont il faut avoir pitié (Exode, XXII 20-21 ; Deutéronome, XIV 29 ; XXIV 17). Sans doute s'agit-il ici de l'étranger domicilié en Terre sainte, de l'émigré. Mais par l'accueil qu'elle fait au prophète, la veuve de Sarepta mérite bien la faveur due à l'émigré. Cette bienveillance de l'lsraélite pour la veuve, I'orphelin, I'étranger doit être l'imitation de l'attitude de Yahvé, qui revêt et nourrit ces démunis (Deutéronome, X 18-19). Deuxièmement, le rôle du prophète, représentant de Dieu, est particuilèrement souligné. D'une part il porte la parole de Yahvé : « ainsi parle le Seigneur » ; « ainsi que le Seigneur l'avait annoncé par la bouche d’Elie ». D'autre part, en demandant à la femme de lui donner l'eau et le pain avant de se nourrir elle-même, il suggère qu'il faut savoir servir Dieu avant tout. Car le prophète est l'homme de Dieu. Troisièmement, la gratuité du don de Dieu éclate dans cette nourriture accordée contre toute attente. Le récit reprend les termes de l'oracle (la Jarre de farine, le vase d'huile). Le récit ne nous explique pas le « comment ». Etant donné la coloration épique des cycles d’Elie et d’Elisée, une intervention des « causes secondes » n'est pas exclue. Le miracle biblique n'est pas d'abord un prodige, mais un bienfait divin accordé à point et inattendu. Là est son caractère merveilleux, qui porte les bénéficiaires et plus tard les auditeurs du récit à l'admiration et à la gratitude envers Dieu.

[2] Sarepta est une ville portuaire de la Phénicie méridionale, située à 15 km au sud de Sidon. Sarepta fut conquise par Sennachérib (701 av. J.-C.) et attribuées à Ittobaal, roi de Sidon. Après une révolte des Sidoniens, Asarhaddon donna Sarepta à Baal, roi de Tyr (677 av. J.-C.). Le livre d’Abdias la considérait comme la frontière septentrionale de la Terre promise. Il y eut un port romain.

[3] Dans les anciennes coutume orientales, une femme devenait veuve (almanah) quand son mari mourrait, la laissant sans fils ni beau-fils adulte pour subvenir à ses besoins, ni beau-frère pour s'unir à elle selon la coutume du lévirat. La veuve avait donc une situation juridique très précise qui n’a pas d'équivalent dans les langues modernes. La situation précaire de la veuve résultait de son isolement : par le mariage, elle s’était séparée de sa famille d'origine et, réduite à la condition de veuve, elle n'avait plus de liens avec la famille de son mari défunt. Bien sûr, elle pouvait retourner dans la famille de son père, comme le fit Tamar après la mort d’Er (Genèse, XXXVIII 11), mais celle-ci n'avait pas d'obligation d'entretien à son égard, sauf dans le cas de la fille d'un prêtre (Lévitique, XXII 13). Il fallait donc que la veuve se remariât, ce qui n'était pas toujours possible, et parfois même interdit : le grand-prêtre (Lévitique, XXI 14) et, par la suite, un simple prêtre (Ezéchiel, XLIV 22) ne pouvaient épouser une veuve. Aussi comprend-t-on que la Loi protégeait les veuves (Exode, XXII 21 ; Deutéronome, X 18 ; XIV 29 ; XVI 11 & 14 ; XXIV 17 & 19-21 ; XXVI 12-15 ; XXVII 19).

[4] Parce que la veuve de Sarepta accueillit Elie comme l’envoyé de Dieu, et qu’elle lui obéit avec générosité, elle fut récompensée par un prodige qui se renouvela chaque jour « et longtemps » ? Jésus fera la louange de cette pauvre veuve croyante (évangile selon saint Luc, IV 25). « Après ces événements », lorsque le fils de la veuve de Sarepta mourra, le prophète Elie le ressuscitera : « Je sais maintenant que tu es un homme de Dieu et que la parole de Yahvé dans ta bouche est vérité » (I Rois, XVII 24).