8e dimanche des temps ordinaires

Evangile

Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Jésus-Christ selon Saint Marc (II 18-22).

Comme les disciples de Jean Baptiste et les pharisiens jeûnaient[1], on vint demander à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ? » Jésus répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Epoux est avec eux ?[2] Tant qu'ils ont l’Epoux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais un temps viendra où l’Epoux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d'étoffe neuve ; autrement la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage[3]. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, autrement la fermentation fait éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres. A vin nouveau, outres neuves.[4] »


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Le jeûne dont il est ici question n'est pas le jeûne officiel, général et public, tel qu'il se faisait par exemple, chaque année, au jour de l’expiation (Lévitique, XVI 29), et auquel le peuple tout entier participait, ou encore le jeûne proclamé en certaines occasions particulières (Zacharie, VIII 19) ; il s’agit d’une pratique libre et privée que les Juifs pieux, singulièrement les pharisiens, observaient deux fois par semaine (le lundi et le jeudi) : « je jeûne deux fois la semaine » dit le pharisien de la parabole (évangile selon saint Luc, XVIII 12).

[2] Les noces sont par excellence le temps de la joie où les amis de l'époux, les « fils de la chambre nuptiale », doivent contribuer à la réjouissance des époux. Les noces sont une image du temps de salut, comme il est dit dans le livre d'Isaïe : « C'est avec la joie d'un époux à l'égard de son épouse que Dieu se réjouit de toi » (Isaïe, LXII 5). Cette image symbolique, utilisée dans la littérature rabbinique, est renforcée par l'interprétation allégorique du Cantique des antiques appliqué à Yahvé et à son peuple. Jésus interprète donc sa présence comme un temps de salut au cours duquel s'accomplit la promesse de bonheur de Dieu. Il est inconcevable que les invités aux noces « jeûnent » ou « s'affligent » (évangile selon saint Matthieu, IX 15). La joie du salut qui se répand à partir de la présence de Jésus doit aussi s'exprimer dans l'attitude de ses disciples. L'exultation des noces est incompatible avec le jeûne et l'affliction.

[3] Il y a incompatibilité entre la qualité de disciple de Jésus et la stricte observance de certaines pratiques pharisaïques. Si les disciples de Jésus se lient strictement aux pratiques des pharisiens, ils en prennent l'esprit pour se faire leur disciple. Or, pour recevoir l’enseignement de Jésus, qui est nouveau, il faut être libre de tout lien sectaire ; les disciples de Jésus doivent être des hommes nouveaux qui ne peuvent pas être partagés entre deux observances ou deux interprétations.

[4] Sans condamner la Loi qu'il n’est pas venu détruire mais parfaire, Jésus revendique pour les siens l'indépendance à l'égard des traditions ou partis religieux, dans ce qu'ils ont d'exclusivement humain. D'où suit la nécessité de s'attacher strictement à sa personne et à son enseignement.