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6e dimanche des temps ordinaires
Première lecture
Lecture du livre des Lévites (XIII 1-2 & 45-46)[1]. Le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une tache, qui soit une marque de lèpre[2], on l'amènera au prêtre Aaron ou à l'un des prêtres ses fils[3]. Le lépreux atteint de cette plaie portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu'aux lèvres, et il criera : ‘ Impur ! Impur ! ’ Tant qu'il gardera cette plaie, il sera impur. C'est pourquoi il habitera à l'écart, sa demeure sera hors du camp. » Textes liturgiques © AELF, Paris [1] Ce fragment du Lévitique appartient à un ensemble appelé « Loi de pureté » qui légifère sur les catégories du pur et de l'impur. Les prêtres jouaient un rôle déterminant dans le traitement des différents cas. Aussi n'est-on pas surpris que cette législation émane des milieux sacerdotaux de Jérusalem. La rédaction définitive de cette loi est parmi les plus récentes du Pentateuque. Il ne faudrait pas regarder de manière trop superficielle cette question de la pureté et de l'impureté, à laquelle s'intèressent des disciplines comme la sociologie et la phénoménologie religieuse. Malgré nos habitudes de pensée, l’impureté n'est pas liée obligatoirement à un acte coupable. C'est un état qu'il faut écarter si l'on veut entrer dans la sphère du sacré, là où Dieu se laisse rencontrer. Dans sa vision du Temple, le prophète Isaïe a bien compris que le contact avec le Dieu trois fois saint exige une purification préalable (Isaïe, VI 1-13). La loi de pureté aborde longuement le cas du lépreux. Les mesures que ce passage transmet s'expliquent par l'idèe, commune chez les Anciens, que l'impureté était contagieuse. Aussi convient-il de protéger la communauté sacrale de toute contagion, en mettant le lépreux à l'écart ; lui-même devra signaler sa présence. Le caractère transitoire de cette mesure est notée, « tant qu'il gardera cette plaie ». En lisant le chapitre entier, on s'aperçoit que la loi prévoit des purifications qui sont d'ordre rituel. [2] La lèpre était considérée comme un châtiment divin, une impureté dont le Messie guérirait l’humanité ; ainsi Jésus dit aux envoyés de Jean-Baptiste : « Racontez ce que vous voyez : les lépreux sont guéris » (S. Matthieu, X 28 ; évangile S. Luc, VII 22). Parmi les maladies mentionnées dans la Bible, la lèpre tient une place importante ; outre le mal médicalement caractérisé, elle recouvre généralement toute affection de la peau : tumeur, dartre, tache luisante. Après l'examen des symptômes, le prêtre prononçait le diagnostic. Par sa gravité, son caractère contagieux et les ravages qu'elle pouvait occasionner dans la communauté, la lèpre, avec les maladies qui lui sont assimilées, reste en Israël le type même du « châtiment » de Dieu et témoigne de l'horreur inspirée par ce phénomène troublant. Elle est le « coup » dont Dieu frappe les pécheurs (Deutéronome, XXVIII 35), le signe de l’impiété ; des « furoncles » (ulcères ou pustules) sont parmi les « plaies » d’Egypte (Exode, IX 8-12) ; David mentionne la lèpre dans la liste de maux dont il voudrait voir accablée la descendance de Joab, en représailles du meurtre d'Abner (I Samuel, III 29). Myriam, la sœur de Moïse (Nombres, XII 10-15) et le roi Ozias furent atteints d'une vraie lèpre en raison de leurs transgressions aux préceptes de Yahvé (II Chroniques, XXVI 19-23). Le « Serviteur » lui-même, malgré son innocence, en est frappé car il porte sur lui les péchés des hommes (Isaïe, LIII 3-12). Puisque, d'après l'opinion courante en Israël le monde, par rapport à Dieu, était divisé en deux — pur et impur, sacré et profane, béni et maudit — la lèpre, classée dans la catégorie de l'impur, rendait impossible tout contact avec le sacré. Il ne faut donc pas, selon notre mentalité, la qualifier purement et simplement de souillure, soit physique soit morale ; c'est plutôt ce que nous appellerions, avec quelques nuances, un « état » dont il fallait sortir. Ainsi, la décision du lépreux, malade-pécheur, de « consulter » le prêtre entraînait de sa part une prise de conscience de sa « situation » devant Dieu et dans la société. Pouvait-il se considérer comme un pur et participer au culte, ou était-il obligé de rendre public son état d'impureté et de vivre en marge de la société ? ll y allait donc en même temps de sa foi et de sa vie sociale. Si le prêtre avait observé que c'était « un vrai cas de lèpre », il « déclarait l'homme impur » et le lépreux se trouvait « excommunié ». Pour rendre effective cette séparation, la Loi prévoyait un interdit « religieux ». Car non seulement le lépreux est incapable de « s'approcher » de Dieu dans le culte, mais encore, comme le cadavre, il « souille » tous ceux qui entrent en contact avec lui. C'est là l'origine et la justification de l'emploi de signes divers, pour que tous soient avertis de sa présence et s'éloignent de lui : vêtements déchirés et cheveux dénoués. Ces signes rappellent les marques de deuil. Même si « se couvrir les lèvres », fait également partie des marques de deuil (Ezéchiel, XXIV 17 & 22), ce doit être plutôt, dans le cas du lépreux, une mesure de préservation pour éviter la contagion par l'haleine. Le lépreux doit aussi donner l'alerte aux passants en criant : « impur ! impur ! » ; plus radicalement encore, il lui est interdit d'habiter dans le camp ou dans les villes (II Rois, VII 3), spécialement à Jérusalem. Il ne faut absolument pas souiller la Ville Sainte. [3] Dans l'ancienne tradition, Aaron est le porte-parole de Moïse qu’il accompagne dans la guerre ou sur le Sinaï, l'assistant de sa parole et de ses prodiges, le remplaçant en cas d'absence. Il meurt après le départ de Cadès, à Hor la montagne ou à Moséroth. La tradition dit aussi qu’Aaron est fils d'Aram et de Jokabed, frère aîné de Moïse. De sa femme, Elisabeth, il a quatre enfants : Nadab, Abiu, Eléazar et Ithamar. Il est le premier grand prêtre et l'éponyme de la caste sacerdotale (les fils d'Aaron). |