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25e dimanche des temps ordinaires
Evangile
Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Jésus disait cette parabole[1] : « Le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit dès le matin[2] afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne[3]. Il s'entendit avec eux sur un salaire d'un denier[4] pour la journée et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures[5], il en vit d'autres qui étaient là, sur la place[6], sans travail. Il leur dit : Allez vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi[7], puis vers trois heures[8], et fit de même. Vers cinq heures[9], il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? Ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a embauchés[10]. Il leur dit : Allez vous aussi à ma vigne. Le soir venu[11], le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et distribue le salaire[12], en commençant par les derniers[13] pour finir par les premiers. Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent[14]. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent[15]. En la recevant, ils étaient révoltés contre le maître du domaine[16] : Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? prends ce qui te revient et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien[17] ? Est-ce que ton regard est mauvais parce que je suis bon ? Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » Textes liturgiques © AELF, Paris [1] Cette parabole (…) renferme en elle plusieurs thèmes. Parmi eux, il y a la pensée fondamentale que c'est Dieu qui appelle l'homme au travail et que celui-ci doit servir à la formation du monde selon le projet de Dieu lui-même Toute sorte de travail humain, chacune dans ses variantes se trouvent comprises dans la parabole évangélique. Cette parabole à son point de départ renferme l'appel de l'homme à retrouver le sens de son travail, en tenant compte du dessein salvifique de Dieu. Qu'est-ce que le travail de l'homme ? A cette interrogation, on ne peut donner qu'une réponse complexe. Le travail est par-dessus tout une prérogative de l'homme en tant que personne, un facteur d'accomplissement humain, qui précisément aide l'homme à être davantage homme. Sans le travail, non seulement, il ne peut plus s'alimenter, mais il ne peut plus se réaliser lui-même, c'est-a-dire rejoindre sa véritable dimension. En second lieu et en conséquence, le travail est une nécessité, un devoir qui donne à l'homme vie, sérénité, engagement, signification. L'Apôtre Paul, rappelons-le, admoneste sévèrement, « celui qui ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas ! » (II Thessaloniciens, III 10). Ainsi chacun est appelé à développer une activité à quelque niveau qu'il soit placé, tandis que se trouvent condamnées la paresse et l'exploitation. D'autre part, le travail est un droit, c'est le grand droit fondamental de l'homme (…) En tant que tel, il doit être promu et sauvegardé par la société et aussi dans l'éventuel conflit avec les autres droits. A ces conditions le travail devient aussi un service de telle sorte que l'homme croisse dans la mesure par laquelle il se donne lui-même aux autres. De cette harmonie, on tire un avantage non seulement pour l'individu, mais aussi diraije, par-dessus tout pour la société elle-même. Voici quelques points seulement, quelques pensées sur le thème, au sujet de la nature du travail de l'homme, nous les mettons ici ensemble, faisant référence à l'appel du maître de maison, qui toujours sort pour prendre à la journée des ouvriers pour sa vigne, comme le dit la parabole évangélique. Rappelons que cette parabole dans son même point de départ renferme l'invitation à l'homme que quel que soit le type de travail accompli, il retrouve le sens ultime du dessein salvifique de Dieu. Prions afin que croisse et s'approfondisse en tout homme la conscience de ce sens. En fait, selon le dessein de Dieu, par le moyen du travail, nous devons non seulement dominer la terre, mais aussi atteindre le salut. Donc au travail se trouve liée non seulement la dimension de la temporalité, mais aussi la dimension de l'éternité (Jean-Paul II : Angélus du 20 septembre 1981). [2] Le matin de l'histoire du monde représente le temps qui va d'Adam à Noé (saint Grégoire le Grand : homélie XVII, 1). [3] La vigne représente souvent Israël, le peuple choisi par Dieu (Isaïe, V). Un premier sens de la parabole peut donc être lié à l'appel par Dieu pour faire partie du peuple nouveau des croyants : les juifs ont été appelés les premiers, ouvriers de la première heure, et les païens les derniers, à la onzième heure, mais tous ont part égale au salaire, au salut : « les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » (XIX 30 et XX 16). [4] Le denier est le salaire journalier d’un ouvrier agricole qui correspond à la dépense moyenne journalière ; unité monétaire romaine, en argent (3,85 gr.) équivalente à la drachme grecque. La pièce d’argent n’est pas le denier mais le sicle qui correspond à quatre deniers (le statère ou le trétradrachme des Grecs) ; Judas n’a pas livré Jésus pour trente deniers mais pour trente sicles. [5] Neuf heures, « La troisième heure le temps qui va de Noé à Abraham » (saint Grégoire le Grand : homélie XVII, 1). On comptait douze heures du lever au coucher du soleil qui variaient en durée suivant les saisons, pouvant augmenter ou diminuer de onze minutes. La première heure ou petit matin, correspondait à 6 heures, puis venaient la troisième heure (soit 9 heures), la sixième heure (soit midi), la neuvième heure (soit 15 heures) et, enfin, le soir ; le Nouveau Testament signale encore la septième heure (soit 13 heures), la dixième heure (soit 16 heures) et la onzième heure (soit 17 heures). [6] Cette place où il vient chercher ses ouvriers représente le monde avec ses foules mélangées, ses querelles, ses calomnies, le tumulte de tant d’affaires diverses où Dieu n’a point dédaigné de descendre (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XX 5). [7] Midi, « La sixième heure, le temps qui va d'Abraham à Moïse » (saint Grégoire le Grand : homélie XVII, 1). [8] Trois heures, « la neuvième heure de Moïse à l'avènement du Sauveur » (saint Grégoire le Grand : homélie XVII, 1). [9] Les ouvriers appelés à la onzième heure représentent les Gentils. Pendant que le peuple hébreux, à toutes les heures de la journée, était venu travailler dans la vigne de Dieu, en le servant avec une vraie foi, les Gentils pendant longtemps avaient négligé de travailler pour la vie véritable, et avaient perdu leur temps dans des agitations stériles. Et ils peuvent donner comme excuse à leur désœuvrement que personne n'était venu les employer. Ils n'on vu ni patriarches, ni prophètes, et personne n'est venu leur parler de la vie éternelle (…) Les différentes heures de la journée se retrouvent dans notre vie : le matin c’est l’enfance ; la troisième heure, la jeunesse où déjà se fait sentir la chaleur des passions ; la sixième, l’heure de midi, c’est la maturité de l’âge avec toutes les forces de l’homme dans leur plénitude ; la neuvième où le soleil se penche vers son couchant, c’est la vieillesse avec ses déclins ; et enfin la onzième l’âge de la décrépitude où la journée tend vers sa fin (saint Grégoire le Grand : homélie XVII sur les péricopes évangéliques 1 & 2). [10] La onzième heure représente aussi l’avénement du Fils de Dieu (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XX 6). [11] Quand Dieu fit ses promesses à ses premiers ouvriers, il voulut qu’elles n’eussent point leur effet sans nous » (Origène : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XV 35). [12] Ceux qui travaillent vers la fin des temps reçoivent une récompense égale à ceux qui sont venus au commencement (saint Grégoire le Grand : homélie XVII sur les péricopes évangéliques, 1). [13] Que faut-il donc entendre par en commençant par les derniers ? Le texte ne dit-il pas que les ouvriers vont recevoir leur salaire ? (…) Tous ensemble, ils doivent donc attendre pour recevoir leur salaire. Cela étant, comment comprendre que les ouvriers engagés à la onzième heure sont payés en premier lieu, tandis que ceux de la première heure le sont en dernier lieu ? Je remercierai Dieu si j'arrive à vous le faire comprendre. Quant à vous, vous devez remercier Celui qui se sert de nous pour vous prodiguer ses largesses ; en effet, ce que nous vous donnons ne vient pas de nous. Voici par exemple un homme qui a reçu son salaire après une heure, et un autre après douze heures de travail. Si l'on demande lequel des deux l'a reçu le premier, tout le monde répondra : « Celui qui l'a reçu après une heure de travail l'a eu avant celui qui l'a reçu après douze heures de travail. » C'est ce qui se passe dans la parabole : tous les ouvriers ont reçu leur salaire à la même heure mais les uns après une heure, et les autres après douze heures de travail. Aussi peut-on dire que ceux qui l'ont reçu après un temps plus court, ont été payés les premiers. Les justes venus au monde en premier, comme Abel et Noé, ont été, pour ainsi dire, appelés à la première heure et ils obtiendront le bonheur de la résurrection en même temps que nous. D'autres justes, venus après eux Abraham, Isaac, Jacob et tous ceux qui vivaient à leur époque ont été appelés à la troisième heure, et ils obtiendront le bonheur de la résurrection en même temps que nous. Il en ira de même pour ces autres justes Moïse, Aaron et tous ceux qui furent appelés avec eux à la sixième heure, puis les suivants, les saints prophètes, appelés à la neuvième heure, goûteront le même bonheur que nous. Tous les chrétiens sont, pour ainsi dire, appelés à la onzième heure ; ils obtiendront, à la fn du monde, le bonheur de la résurrection avec ceux qui les ont précédés. Tous le recevront ensemble. Voyez pourtant combien de temps les premiers attendront avant d'y parvenir. Ainsi, ils obtiendront ce bonheur après une longue période, et nous, après peu de temps. Bien que nous devions le recevoir avec les autres, on peut dire que nous serons les premiers, puisque notre récompense ne se fera pas attendre.Quand il s'agira de recevoir la récompense, nous serons tous à égalité, les premiers comme s'ils étaient les derniers, et les derniers comme s'ils étaient les premiers. Puisque aussi bien la pièce d'argent de la parabole est la vie éternelle, sa possession sera aussi la même pour tous. Néanmoins, en raison de la diversité des mérites, l’un resplendira plus, l'autre moins. Quant à la vie éternelle, elle sera la même pour tous, car ce qui est éternel ne durera ni plus longtemps pour l'un, ni moins longtemps pour l'autre ; ce qui n'a pas de fin n'en aura ni pour moi ni pour toi. Alors, autre sera la splendeur de la chasteté conjugale, autre la gloire de la pureté virginale. Le fruit des bonnes œuvres brillera de tel éclat la couronne de la passion de tel autre, la gloire de l'un différera de celle de l'autre. Mais pour ce qui est de la vie éternelle, l'un ne vivra pas plus que l'autre, ni celui-ci plus que celui-là. En effet, chacun vivra également sans fin, tout en possédant sa propre gloire: car la pièce d'argent, c'est la vie éternelle ! (saint Augustin : sermon LXXXVII, 4-6). [14] Une deuxième lecture, sans être opposée à la première, est plutôt attentive à la bonté du maître de maison, à la bonté de Dieu, qui dépasse les cadres de la stricte justice : la justice donne à chacun ce qui a été prévu dans le contrat, la bonté est au-delà. Le Christ appelle reconnaître bonté de Dieu, avec un œil bon. Nul ne peut être jaloux de ce qu'elle donne, nous en bénéficions tous. Elle est la libéralité du pardon donné à tous qui nous fait membre du peuple de Dieu. Chacun la reçoit selon ses possibilités, ses dons, les circonstances de son appel, l'essentiel étant d'avoir été appelé et d'en être. L'embauche elle-même est une grâce. [15] Cette parabole s'adresse à la fois à ceux qui sont vertueux dès leur jeune âge et à ceux qui le deviennent seulement dans leur vieillesse : aux premiers pour les préserver de l'orgueil et les empêcher de faire des reproches à ceux de la onzième heure ; aux seconds pour leur apprendre qu'ils peuvent assurer leur salut en peu de temps. Le Sauveur venait de parler du zèle, du renoncement aux richesses, du mépris de tous les biens ; il fallait pour cela l'ardeur et l'énergie d'une âme pleine de jeunesse ; il rallume donc en eux la flamme de la charité, fortifie leurs sentiments et leur montre que même ceux qui sont arrivés les derniers reçoivent le salaire de toute la journée (saint Jean Chrysostome : homélie LXIV 4). [16] Les saints qui, sur terre, étaient prêts à donner leur vie pour leurs frères, se réjouiront de les voir partager leur joie (saint Jean Chrysostome : homélie LXIV 3). [17] Une autre attention peut être portée sur ce que donne le maître en retour du travail. C'est un salaire et plus qu'un salaire pour les derniers. C'est le « bien » du maître : « faire ce que je veux de mon bien ». Si le maître est Dieu, son « bien » c'est sa vie, c'est son Fils, c'est son Esprit. A ceux qui acceptent de travailler dans sa vigne, Dieu donne de participer à sa vie même, en son Fils. Qui pourrait être jaloux de ce don sans faire injure à Dieu ? Un autre aspect encore peut être souligné. Il s'agit d'ouvriers, ouvriers dans la vigne du Seigneur, et du salaire de leur travail. Or, le Christ envoyant ses disciples en mission leur dit : « l'ouvrier mérite son salaire » (évangile selon saint Luc, X 7). Le travail missionnaire est différent selon les appels de chacun, mais le salaire est le même, selon cette parabole. Ce salaire est donné le soir, au moment des comptes à rendre : il y a là un aspect eschatologique qui montre que cette rétribution est du domaine du Royaume. « C'est au jour du jugement que le travail de chacun sera mis en pleine lumière... et qu'il recevra son salaire » (première épître de saint Paul aux Corinthiens, III 13-14). Et dans l'Apocalypse, I'Ange dit : « Voici que je viens sans tarder, et j'apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu'il aura fait » (XXII 12 ). |