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24e dimanche des temps ordinaires
Evangile
Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : " Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? "[1]. Jésus lui répondit: " Je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante dix fois sept fois[2]. En effet, le Royaume des Cieux est comparable à un roi[3] qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents[4] (c'est à dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tout ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ` Prends patience envers moi et je te rembourserai tout '[5]. Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait[6] cent pièces d'argent[7]. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : ' Rembourse ta dette ! '. Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait: `Prends patience envers moi et je te rembourserai '. Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il eût remboursé sa dette. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ` Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi même j'avais eu pitié de toi ? ' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux[8] jusqu'à ce qu'il eût payé tout remboursé. C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur ". Textes liturgiques © AELF, Paris [1] Le judaïsme connaît déjà le devoir du pardon des offenses, mais, dans les faits, il s'agit encore d'une conquête toute récente qui ne parvient à s'imposer que par des tarifs précis élaborés par les écoles rabbiniques. On comprend alors que Pierre demande à Jésus quel est son propre tarif, inquiet de savoir s'il est aussi sévère que celui de l'école qui exige que l'on pardonne sept fois à son frère. La plupart ne vont guère au delà de trois fois, en se fondant sur le prophète Amos : " Pour trois crimes de Juda et pour quatre, je l'ai décidé sans retour ! Parce qu'ils ont rejeté la loi de Yahvé et n'ont pas observé ses décrets, parce que leurs Mensonges les ont égarés, ceux que leurs pères avaient suivis, j'enverrai le feu dans Juda, et il dévorera les palais de Jérusalem " (II 4 5). [2] Une fois qu'on a pris l'habitude de pardonner, on ne s'offense plus de rien. Et Jésus Christ lui même se montre à nous venant remettre tous les péchés : il n'est aucun crime, si grand qu'il soit, qui ne soit remis par le baptême (saint Ambroise : commentaire de l'évangile selon saint Luc, VIII 24). [3] Jésus Christ est à la fois roi et royaume, de même qu'il est sagesse, justice et vérité : il est vraiment un royaume, mais royaume céleste et non terrestre ; il est le royaume des cieux. Et quand le Fils de Dieu vient s'unir à une chair de péché, il devient semblable à un roi de la terre (Origène : commentaire de l'évangile selon saint Matthieu, XIV 7). [4] Soixante millions de francs or. Le talent qui est la plus grosse unité monétaire grecque à l'époque de Notre Seigneur, équivaut généralement à 60 mines ou 6000 drachmes. Dix mille talents est une somme énorme qui représente cinquante fois plus que tous les impôts réunis de la Galilée et de la Pérée " Ces dix mille talents indiquent peut être la dette de celui quia péché contre les dix commandements " (saint Augustin : sermon LXXXIII 6). [5] C'est bien là le cri du débiteur aux abois et c'est bien là le cri de l'homme saisi de crainte à la vue de ses fautes et des châtiments qu'elles lui préparent, qui s'empresse à la réparation, oubliant qu'il n'a rien à offrir à Dieu. Toutefois c'est cette parole que Dieu attend, usant d'une conduite analogue à celle de Joseph qui, par son apparente sévérité, voulait amener ses frères à reconnaître leur faute. Par la menace du supplice Dieu veut amener le pécheur à l'implorer. Le grand désir de Dieu est de nous libérer de nos dettes. Nous nous enrichissons par tics exigences envers nos débiteurs ; Dieu au contraire s'enrichit en nous remettant nos dettes: la grande richesse de Dieu c'est le salut de l'homme. Et voyez, comme Dieu va au delà de nos demandes. Le serviteur ne demandait qu'un délai; et le maître touché de compassion, le laissa aller en lui remettant sa dette. Dieu veut nous remettre nos dettes, mais à condition que nous saurons les reconnaître et que nous ferons appel à sa miséricorde (saint Jean Chrysostome homélie LXI sur l'évangile selon saint Matthieu, 3 & 5). [6] Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a t il quelqu'un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché ? Et quel est l'homme qui n'a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n'a offensé ? Pourrait on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère ? Donc, tout homme est débiteur envers quelqu'un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t'a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu'il appliquera lui même envers le sien (saint Augustin : sermon LXXXIII 2). [7] Moins de cent francs or. Il s'agit du denier qui est une monnaie romaine en argent, de même valeur que la drachme grecque. Le denier est représente salaire journalier d'un ouvrier agricole et correspond à la dépense moyenne d'une journée ; il constitue la monnaie habituelle pour exprimer le prix des denrées. Pour être tout à fait exact, à l'époque de Notre Seigneur, ce qu'on appelait communément une pièce d'argent n'était pas le denier mais le sicle qui correspondait à quatre denier (le statère ou le trétradrachme des Grecs) ; Judas n'a pas livré Jésus pour trente deniers mais pour trente sicles. [8] Dieu l'a dit : Pardonnez et il vous sera pardonné, si j'ai pardonné le premier, il faut que vous pardonniez après moi. Si vous ne pardonnez pas, je vous retrouverai, Je vous redemanderai tout ce que je vous ai donné. Le Sauveur vous en avertit : C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur. Vous avez trouvé un père, imitez votre père. Si vous ne voulez pas l'imiter, vous vous préparez à être déshérités. Et ne dites pas : je pardonne, si le coeur n'y est pas, car Dieu regarde le coeur (saint Augustin : sermon LXXXIII 7). |