23e dimanche des temps ordinaires

Evangile

Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Jésus-Christ selon Saint Matthieu (XVIII 15-20).

Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul[1] et montre-lui sa faute[2]. S'il t'écoute[3], tu auras gagné ton frère[4]. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes[5] afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Eglise ; s'il refuse encore d'écouter l'Eglise, considère-le comme un païen et un publicain[6]. Vraiment, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel[7], et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel[8]. Oui, vraiment, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre s'entendent pour demander quelque chose[9], ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux[10]. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là[11], au milieu d'eux. »


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Quand il faut enseigner, exhorter les égarés ou de leur faire des reproches et de les corriger, on se retient malheureusement, soit pour s’épargner une peine, soit par crainte de faire honte aux coupables, soit par peur d`exciter des ressentiments qui pourraient nous empêcher d'acquérir ce que nous convoitons, où nous faire perdre ce que nous possédons. Et ce n’est pas seulement les fidèles engagés dans la vie commune, mais quelquefois aussi les chrétiens élevés à une vie supérieure qui se laissent aller à cette faiblesse. C'est là se laisser prendre dans les liens de la cupidité ; ce n’est plus pratiquer les devoirs de la charité. Ce devoir incombe d’abord aux prélats, mais il incombe aussi à tous ceux qui ont quelque lien avec les coupables. Et la négligence de ce devoir est une des raisons pour lesquelles les bons sont frappés avec les méchants. Comme ils seraient puissants si, en acceptant le châtiment commun, ils s'employaient à avertir ceux-ci de leur faute (saint Augustin : « La cité de Dieu », I 9).

[2] Quand on peut amender quelqu'un et qu'on néglige de le faire, on se rend complice de sa faute (saint Grégoire le Grand : « Moralia in Job », X 7).

[3] Nous devons corriger en aimant, non pour le plaisir de blesser. mais avec le désir d'amender. Si vous ressentez principalement l'offense qui vous a été faite et que vous agissiez sous l'influence de ce sentiment, vous n'avez rien fait. Mais si vous faites votre correction par amour, vous avez fait une œuvre excellente. Rappelez-vous le but que vous propose le Sauveur : Vous aurez gagné votre frère (…) « Reprenez-le », vous dit le Sauveur. Si vous ne le faites pas, vous êtes pire que lui. Il s'est infligé une blessure, vous le voyez périr, et vous n'en avez cure : vous êtes plus coupable en vous taisant que lui ne l'a été (saint Augustin : sermon LXXXII 4 & 7).

[4] L'inimitié causait un détriment genéral. Par la faute qu`il avait commise, votre frère perdait son âme ; vous, vous perdiez un frère : par la correction fraternelle bien faite, l’un et l'autre sont retrouvés (saint Jean Chrysostome : homélie LX sur l’évangile selon saint Matthieu, 1).

[5] Quand un médecin voit que la maladie persiste, il prend des remèdes plus énergiques. C’est ce que vous devez faire en ce moment : vous étiez faible étant seul, adjoignez-vous des aides pour être plus fort (saint Jean Chrysostome : « Contra Julian », VII).

[6] Il faut témoigner plus de répulsion à celui qui sous le couvert du nom chrétien accomplit des œuvres de païen, qu’à ceux qui sont ouvertement païens. Il faut le traiter comme un publicain, comme ces hommes qui ne cherchent que les intérêts de la terre, et qui les poursuivent par le vol et le mensonge (saint Jean Chrysostome : homélie LX sur l’évangile selon saint Matthieu, 1).

[7] Il donne au jugement des chefs de l’Eglise une valeur immuable : ceux qu'il auront laissés dans les liens du péché seront liés dans le ciel ; et ceux qu'après l'aveu de leur faute, ils auront déliés, seront déliés dans le ciel (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XVIII 8).

[8] Quand par une correction sage, vous avez mis votre frère en accord avec vous, vous l’avez délivré de ses liens sur terre ; et délié sur terre, il le sera dans le ciel. Vous lui rendez grand service, car il s'était nui à lui-même plus qu'a vous (saint Augustin : commentaire de l’épître aux Galates, LVI).

[9] Nous voyons des hommes qui sont unis, mais pour d`autres motifs : l’un aime parce qu'il est aimé, un autre parce qu’on lui a témoigné des égards, un autre parce qu’on a servi ses intérêts. On en trouve peu qui aiment leur prochain à cause de Jésus-Christ (...) Et parce qu'ils ne sont unis que par des liens fragiles, leur amitié n’est ni ardente ni durable : une injure, une perte, une jalousie, une susceptibilité détruit cette amitié (...) Cette amitié n'avait point de racine dans l'âme (...) Mais l’amitié qui est fondée sur le Christ est ferme, stable, invincible : rien ne peut la détruire, ni les calomnies, ni les périls, ni la mort. Celui qui aime ainsi verrait mille maux lui naître de son amitié, et il ne cesserait point d'aimer. Tout ce qui ailleurs détruit l'amitié l'augmente en lui. Celui que vous aimez vous a causé de la peine, mais par là il vous sera une cause de récompense ; et n'a-t-il pas besoin aussi d'un dévouement plus grand ? (...) En regardant le Christ et son amour, on s'affermit donc dans l'amour que l'on a pour le prochain (saint Jean Chrysostome : homélie LX sur l’évangile selon saint Matthieu, 3).

[10] Cet accord parlait auquel Jésus-Christ attache de si riches promesses, nous pouvons le trouver dans la personne du juste. Quand il a éloigné de son corps le péché qui jusque-là y régnait en maître, quand il a soumis la chair qui jusque-là convoitait contre l’esprit, qu'il l’a assujettie à l`esprit à ce point qu’elle désire ce que desire l’esprit. que l’esprit a rempli la chair de sa propre vie, que le cœur et la bouche sont en parfait accord dans la prière que l’homme adresse à Dieu, quand se réalise le vœu exprimé par le saint apôtre Paul : « Que le Dieu de paix vous sanctifie en tout, afin que votre esprit, votre âme et votre corps se conservent sans tache pour l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (I Thessaloniciens, V 23), quand l'homme est arrivé à cet état heureux, il obtient tout ce qu’il demande à Dieu (Origène : comentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIV 3).

[11] Il est la paix et la charité ; et il établira sa demeure dans les volontés bonnes et amies de la paix (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XVIII 9).