11e dimanche des temps ordinaires

Epître

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains[1] (V 6-11)

Frères, alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. - Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. A plus forte raison, maintenant que le sang du Christ nous a fait devenir des justes, nous serons sauvés par lui de la colère de Dieu. En effet, si Dieu nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils quand nous étions encore ses ennemis, à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, nous serons sauvés par la vie du Christ ressuscité. Bien plus, nous mettons notre orgueil en Dieu, grâce à Jésus Christ notre Seigneur, qui nous a réconciliés avec Dieu.


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Dans les chapitres précédents de l'épître aux Romains, saint Paul a montré comment tous les hommes sont pécheurs ; devant Dieu, nul ne peut se prétendre juste ni se dire en règle. Dans la mentalité religieuse de l'Ancien Testament, tous les hommes (juifs ou païens) étaient donc tous passibles de la condamnation, tous tombaient sous « la colère de Dieu ». Le Christ, pour être fidèle à sa mission, devait dénoncer le péché d'Israël, singulièrement le péché des chefs du peuple, comme l'avaient fait avant lui tous les prophètes au sort funeste desquels il n'échapperait pas : « Voici que j'envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes. Vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et vous les pourchasserez de ville en ville... Jérusalem toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés... » (évangile selon saint Matthieu, XXIII 34 & 37). Mais ce sort des prophètes, ce terrible destin qui allait être le sien et qu'il acceptait avec une parfaite lucidité, Jésus allait le vivre dans l'esprit du « Serviteur » d'Isaïe qu'il n'avait sans doute pas manqué de méditer longuement et souvent: « Nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison... Yaweh a fait retomber sur lui nos fautes à tous... » (Isaïe, LIII 4-6). Telle est la doctrine juive traditionnelle du sacrifice d'expiation. La mort de chaque fils d'Israël a une valeur expiatoire si, sur son lit de mort, il exprime cette intention d'expier. La mort du juste a une force expiatoire encore plus grande que celle des autres au point que le surplus de ses souffrances profite aux autres. Les paroles de Jésus à la Cène, la veille de sa Passion, montrent à l'évidence que son intention fut de donner à sa mort la signification d'un sacrifice expiatoire  : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous » (évangile selon saint Luc, XXII 19) ; « Ceci est mon sang, celui de l'Alliance, qui est répandu pour beaucoup en rémission des péchés » (évangile selon saint Matthieu. XXVI 28). Saint Paul participe à cette mentalité traditionnelle juive : par sa mort violente dont il a fait un sacrifice expiatoire pour tous les hommes pécheurs, le Christ nous a réconciliés avec Dieu, il a fait de nous des justes; c'est le sacrifice de propitiation (Romains, III 25). Mais saint Paul ajoute à cette vérité ce qui est propre à la foi chrétienne : le Christ qui est mort en sacrifice pour nous, Dieu l'a ressuscité. Si, déjà, nous étions en droit de nous dire justifiés et réconciliés avec Dieu par la mort de Jésus, à plus forte raison pouvons-nous nous dire sauvés par sa résurrection. Car, d'une part, sa résurrection est la garantie que Dieu s'est parfaitement complu dans le sacrifice de son Fils (précisons bien ici que Dieu ne s'est pas complu dans les souffrances de Jésus et dans son sang versé, mais bien plutôt dans sa volonté parfaitement libre de faire de ses souffrances et de sa mort une offrande d'amour pour le salut du monde). D'autre part, en ressuscitant, Jésus introduisait dans l'humanité le germe de la résurrection de tout l'univers et de toutes les relations humaines. Pour la foi chrétienne, le sacrifice de Jésus est, indissolublement unies, sa mort et sa résurrection.