Solennité du Sacré-Coeur

Evangile

Suite du saint Évangile de notre Seigneur
Jésus-Christ selon Saint Jean (XIX 31-37).

[Jésus venait de mourir.] Les Juifs donc, comme c'était la Préparation[1], pour que les corps ne restassent pas sur la croix pendant le sabbat[2] (car c’était un grand jour que ce sabbat), les Juifs demandèrent à Pilate[3] qu’on leur rompît les jambes et qu'on enlevât[4] les corps.

Les soldats vinrent et rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avaient été crucifiés avec lui. Arrivés à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes, mais l’un des soldats[5], de sa lance lui ouvrit[6] le côté[7], et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau[8].

Et celui qui a vu rend a témoigné, et véridique est son témoignage, et le Seigneur sait qu'il dit vrai, pour que vous aussi vous croyiez[9]. Cela est arrivé afin que cette parole de l'Ecriture s'accomplît : « Aucun de ses os ne serabrisé. » Et un autre passage dit encore : « Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé.[10] »


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Préparation désigne la veille du sabbat où il faut faire les préparatifs en vue d’assurer le chômage complet de la sainte journée. Cette année-là, ce sabbat coïncide avec la fête de la Pâque. On immole l'agneau pascal au Temple, entre 14 h. 30 et 17 h. On rôtit la victime à la maison. Le repas, commencé après le crépuscule, est inauguré par une première coupe de vin, sur laquelle on prononce deux bénédictions. Ablution du président de table ; on apporte sur la table : agneau rôti, salade de laitues, pain azyme et haroseth (compote de fruits cuits dans le vin) ; le président explique le symbolisme des rites, on chante les deux premiers psaumes du Hallèl (113 et 114), on boit la deuxième coupe, on mange l'agneau pascal avec des pains sans levain trempés dans le haroseth, on boit la troisième, puis la quatrième coupe, on chante la fin du Hallèl (Psaumes 115-118).

[2] Les Romains n’avaient pas l’habitude d’abréger les souffrances des crucifiés en leur donnant le coup de grâce, sinon quand, par un adoucissement de la peine, il leur avait été prescrit de leur briser les membres. Cependant en Palestine, ce devait être l’usage, afin que le cadavre pût être enlevé avant la nuit, conformément aux prescriptions du Deutéronome : « Lorsqu’un homme ayant en lui un péché passible de mort aura été mis à mort et que tu l’auras pendu à un arbre, son cadavre ne passera pas la nuit sur l’arbre, mais tu devras l’enterrer le jour même ; car un pendu est une malédiction de Dieu. Ainsi tu ne rendras pas impur ton sol, que Yahvé, ton Dieu, te donne en héritage » (Livre du Deutéronome, XXI 22-23).

[3] Pontius Pilatus, sixième procurateur de Judée sous Tibère, il resta en charge de 26 à 36, sous l’autorité hiérachique du légat de Syrie. Il demeurait à Césarée, mais montait à Jérusalem pour les grandes fêtes juives, surtout pour les fêtes de la Pâques. En dehors des évangiles, Philon, Flavius Josèphe et Tacite parlent de lui. Entêté, véna1 et méprisant, il fit tout pour s'attirer la haine des Juifs. Ainsi fit-il pénétrer de nuit dans Jérusalem des soldats qui venaient de Césarée avec leurs enseignes qui portaient l'image de l'Empereur, alors que jusqu'à lui Rome avait respecté la répugnance du judaïsme contre toute figuration d'êtres vivants. Il menaça de massacrer les Juifs venus à Césarée pour le supplier de retirer les enseignes et ne céda que devant leur résolution farouche. Plus tard, pour construire un aqueduc qui amènerait à Jérusalem l'eau des « Vasques de Salomon », il voulut employer une partie du trésor du Temple. D'où manifestations ; il fit alors matraquer la foule. Il fit aussi suspendre dans son palais de Jérusalem des boucliers d'or portant le nom de Tibère ; cette fois ce fut l'Empereur lui-même qui ordonna de les enlever et de les transporter à Césarée. Sans en connaître le motif, on sait qu'il fit massacrer des Juifs au moment même où ils offraient un sacrifice dans le Temple (Luc XIII 1). On sait son rôle dans le procès de Jésus. En 35, des Samaritains, fatigués des persécutions de Pilate, se réunirent au pied du Garizim, avec l'intention de gravir la colline pour retrouver des objets sacrés datant de Moise. Pilate envoya ses soldats et fit tuer un certain nombre de manifestants. Or, comme traditionnellement les Samaritains étaient fidèles à Rome, dès que Vitelllus, légat de Syrie, reçut leur plainte, il suspendit Pilate de sa charge et l'envoya au tribunal de l'Empereur. Là s'arrête l'histoire.

[4] Leur haine si empressée servira à l’accomplissement d’une prophétie (saint Jean Chrysostome : homélie LXXXV sur l’évangile selon saint Jean, 3).

[5] Les traditions qui donnent à ce soldat le nom de Longin, D’après elles, il fut frappé de cécité quand il ouvrit le côté du Seigneur, mais une goutte du sang divin tomba sur ses yeux et le guérit, le convertissant du même coup. Saint Grégoire de Nysse dit qu’il devint évêque en Cappadoce et qu’il mourut martyr. Le martyrologe d’Adon dit qu’il eut la langue arrachée, les dents brisées et la tête coupée. « Longin m'a ouvert le côté du Christ avec sa lance et je suis entré, et là je repose dans la paix. Que celui qui craint se mette à aimer, parce que l'amour chasse la crainte » (saint Augustin).

[6] L’Evangéliste s’est servi d’un mot d’une haute signification, en évitant de dire, il le frappa, ou le blessa, mais : « lui ouvrit le côté. » Il nous y montre ouverte cette porte d’où nous sont venus les sacrements sans lesquels on n’entre pas à cette vie qui est la vie véritable. Ce sang-là est celui qui a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau est celle que l'on mêle au calice du salut. Elle sert à nous baptiser, mais elle sert aussi à nous abreuver. C'est en figure de quoi Noé reçut l'ordre de faire sur le côté de l'arche une porte par laquelle pussent y entrer les animaux destinés à ne pas périr dans le déluge ; ils étaient la figure de l'Eglise. Pour le même motif, la première femme fut faite du côté de l'homme pendant son sommeil et elle reçut le nom de vie et de mère des vivants. C'était la préfiguration d'un bienfait insigne, avant que ne survînt le grand malheur de la prévarication. Maintenant, le second Adam, la tête inclinée, s'est endormi sur la Croix afin que de lui soit formée son épouse, l'Eglise : elle jaillit de son côté pendant son sommeil. O mort, qui rend la vie aux morts ! Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ? (saint Augustin : Tractatus in Johannes evangelium, CXX 2-3).

[7] Le fer qui a transpercé son côté, la blessure du côté me crient avec plus de force encore : ils me crient que son cœur s’est rapproché de moi pour compatir à toutes mes misères. Par cette ouverture nous apparaît le secret de son cœur ; par cette ouverture nous pouvons contempler les entrailles de miséricorde dans lesquelles Dieu est venu visiter le monde. Qui aurait pu, Seigneur, nous dire avec plus de clarté que vous êtes suave et doux, et de grande miséricorde ? (saint Bernard : sermon LXI sur le Cantique des cantiques, 3).

[8] C’est en conformité avec un dessein d’en-haut que cette source fut ouverte, et fit couler d’elle ces deux substances ; car c’est là que l’Eglise prenait son origine. Les initiés savent cela, eux qui sont régénérés par l’eau et nourris par la chair et le sang du Sauveur. C’est de cette source que découlent tous nos mystères, et quand vous approchez du calice adorable, venez comme si vous veniez boire au côté ouvert du Sauveur (saint Jean Chrysostome : homélie LXXXV sur l’évangile selon saint Jean, 3).

Le second Adam, inclinant la tête sur sa croix, s’endormit pour que son épouse pût être formée de ce qui sortait de son cœur (saint Augustin : Tractatus in Johannis evangelium, CXX 2).

Notre Sauveur a reçu une blessure, et pour la blessure qui lui a été faite il nous a donné un remède pour toutes nos blessures (saint Ambroise : sermon III sur le psaume CXVIII).

[9] Savoir, en effet, est le fait de celui qui a vu et sur le témoignage duquel croit celui qui n'a pas vu. Or la foi consiste à croire plutôt qu'à voir (saint Augustin : Tractatus in Johannes evangelium, CXX 4).

Les fils d'Adam n'ont plus à se plaindre que les portes du paradis leur aient été fermées : voici qu'une autre leur est ouverte, beaucoup plus riante, plus attrayante, plus riche de promesses. Par elle, il peuvent entrer dans le cœur du Sauveur, du cœur dans son âme, de son âme dans l'abîme de la divine clarté où se cueille des fleurs non d'un jour, mais des fruits d'une saveur immortelle ... Toutes les fois que vous serez tentés, franchissez cette porte, et cachés dans ce refuge laissez passer l'ouragan ... Qu'Adam cesse de craindre, qu'il n'aille plus, pour fuir la colère de Dieu, se cacher dans les feuilles du figuier ; il a maintenant un refuge bien plus sûr, le côté ouvert du Sauveur (Dorland le Chartreux : « Le mystère de la Passion ».)

[10] Afin que l'Eglise fût formée du côté du Christ pendant son sommeil sur la Croix et afin que fût accomplie la parole de l'Ecriture : « Ils regarderont vers celui qu'ils auront transpercé » (Livre de Zacharie XII 10), Dieu a disposé qu'un soldat ouvrît ce côté sacré en le perçant de sa lance et que, dans cet écoulement de sang et d'eau, fût versé le prix de notre salut : en jaillissant des profondeurs de ce Cœur, il donnerait aux sacrements de l'Eglise la vertu de conférer la vie de la grâce et désormais ceux qui vivraient dans le Christ auraient là une source d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle. Lève-toi donc, âme qui aime le Christ ; ne cesse pas de te tenir attentive ; applique là ta bouche ; tu y boiras aux sources du Sauveur (saint Bonaventure : Liber de ligno viate, XXX).