Mars 02 | Sommaire | Lecture | Psaume | Epître | Evangile | Homélie |
Dimanche des Rameaux
Evangile
Légende: +. = Jésus ; L. = Lecteur ; D. = Disciples et amis ; F. = Foule ; A. = Autres personnages. La Passion de
notre Seigneur L. L'un des douze Apôtres de Jésus, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : D. « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » L. Ils lui proposèrent trente pièces d'argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : D. « Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? » L. Il leur dit : +. « Allez à la ville, chez un tel et dites-lui : Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples. » L. Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara : +. « Vraiment, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. » L. Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : D. « Serait-ce moi, Seigneur ? » L. Il leur répondit : +. « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne fût pas né ! » L. Judas, celui qui le livrait, prit la parole : D. « Rabbi, serait-ce moi ? » L. Jésus lui répondit : +. « Tu l'as dit ! »[1] L. Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : +. « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » L. Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna en disant : +. « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis, désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père. » L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors, Jésus leur dit : +. « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute : car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit : D. « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » L. Jésus reprit : +. « Vraiment, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » L. Pierre lui dit : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous les disciples en dirent autant. Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : +. « Restez ici pendant que je m'en vais là-bas pour prier. » L. Il emmena Pierre, ainsi que les deux fils de Zébédée, et commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : +. « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. » L. Il s'écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : +. « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux.[2] » L. Puis il revint vers ses disciples et les trouva endormis ; il dit à Pierre : +. « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. Il retourna prier une deuxième fois : +. « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » L. Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Alors il revint vers les disciples et leur dit : +. « Vous pouvez dormir et vous reposer ! Elle est venue, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Il est venu, celui qui me livre. » L. Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva, suivi d'une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple. Le traître leur avait donné un signe : D. « Celui que j'embrasserai, c'est lui ; arrêtez-le. » L. Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : D. « Salut, Rabbi ! » L. et il l'embrassa. Jésus lui dit : +. « Mon ami, fais ta besogne. » L. Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent[3]. Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille. Jésus lui dit : +. « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ? Mais alors, comment s'accompliraient les Ecritures ? D'après elles, c'est ainsi que tout doit se passer.[4] » L. A ce moment-là, Jésus dit aux foules : +. « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais assis dans le Temple où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » L. Alors les disciples l'abandonnèrent tous et s'enfuirent. Ceux qui avaient arrêté Jésus, l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort. Ils n'en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s'étaient présentés. Finalement il s'en présenta deux qui déclarèrent : A. « Cet homme a dit : Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir. » L. Alors le grand prêtre se leva et lui dit : A. « Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ? » L. Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : A. « Je t'adjure, par le Dieu Vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. » L. Jésus lui répondit : +. « C'est toi qui l'as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » L. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : A. « Il a blasphémé ! Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » L. Ils répondirent : F. « Il mérite la mort. » L. Alors ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups ; d'autres le giflèrent en disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! qui est-ce qui t'a frappé ?[5] » L. Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! » L. Mais il nia devant tout le monde : D. « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » L. Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : A. « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. » L. De nouveau, Pierre le nia : D. « Je jure que je ne connais pas cet homme. » L. Peu après, ceux qui se tenaient là s'approchèrent de Pierre : A. « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d'ailleurs ton accent te trahit. » L. Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Aussitôt un coq chanta. Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement[6]. L. Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort. Après l'avoir ligoté, ils l'emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur. Alors, Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens. Il leur dit : D. « J'ai péché en livrant à la mort un innocent. » L. Ils répliquèrent : A. « Qu'est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde ! » L. Jetant alors les pièces d'argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les chefs des prêtres ramassèrent l'argent et se dirent : A. « Il n'est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c'est le prix du sang. » L. Après délibération, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu'à ce jour le Champ-du-Sang. Alors s’était accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d'argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d'Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné[7]. On fit comparaître Jésus devant Pilate[8], le gouverneur, qui l'interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ?[9] » L. Jésus déclara : +. « C'est toi qui le dis. » L. Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : A. « Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas. La foule s'étant donc rassemblée, Pilate leur dit : A. « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu'on appelle le Messie ? » L. Il savait en effet que c'était par jalousie qu'on l'avait livré. Tandis qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : A. « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui.[10] » L. Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit : A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » L. Ils répondirent : F. « Barabbas ! » L. Il reprit : A. « Que ferais-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ? » L. Ils répondirent tous : F. « Qu'on le crucifie ! » L. Il poursuivit : A. « Quel mal a-t-il donc fait ? » L. Ils criaient encore plus fort : F. « Qu'on le crucifie ! »[11] L. Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l'eau et se lava les mains devant la foule en disant : A. « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! » L. Tout le peuple répondit : F. « Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants ! » L. Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller et le leur livra pour qu'il fût crucifié[12]. Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge[13]. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête[14] ; ils lui mirent un roseau dans la main droite[15] et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en lui disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier[16]. En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix[17]. Arrivés à l'endroit appelé « Golgotha », c'est-à-dire « Lieu-du-Crâne[18] » ou « Calvaire », ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.[19] » En même temps, on crucifia avec lui deux bandits, l'un à droite et l'autre à gauche. Les passants l'injuriaient en hochant la tête[20] : F. « Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » L. De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens[21] : A. « Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C'est le roi d'Israël[22] : qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu : que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime ! Car il a dit : Je suis Fils de Dieu.[23] » L. Les bandits crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière[24]. A partir de midi, l'obscurité se fit sur toute la terre jusqu'à trois heures. Vers trois heures, Jésus cria d'une voix forte : +. « Eli, Eli, lama sabactani », L. ce qui veut dire : +. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?[25] » L. Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : F. « Le voilà qui appelle le prophète Elie ! » L. Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il trempa dans une boisson vinaigrée[26] ; il la mit au bout d'un roseau pour lui donner à boire. Les autres dirent : F. « Attends ! nous verrons bien si Elie va venir le sauver. » L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements[27], le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d'une grande frayeur et dirent : A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu.[28] » L. Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance[29] : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir [30]. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, qui s'appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul neuf, et le déposa dans le tombeau qu'il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla[31]. Cependant Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau. Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s'assemblèrent chez Pilate, en disant : A. « Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur a dit de son vivant : Trois jours après, je ressusciterai. Donne donc l'ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. » L. Pilate leur déclara : A. « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez. » L. Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde. Textes liturgiques © AELF, Paris [1] Tandis que chez Caïphe, on délibérait de la manière de le faire périr, le Christ, lui, posait les règles du sacrement de son corps et de son sang et enseignait quelle victime il faudrait offrir à Dieu, n'écartant même pas le traître de ce mystère. Il montrait ainsi que ce n'est pas sous l’exaspération d'une injustice qu'agit celui dont l'impiété volontaire était connue d'avance. Car il trouva en lu la matière de sa ruine et la cause de sa perfidie, prenant le diable comme chef et refusant d'être conduit par le Christ. Aussi lorsque le Seigneur dit : « En vérité je vous le dis, un de vous doit me trahir », il montra qu’il connaissait la conscience du traître ; il ne confondit pas l'impie par une réprimande sévère et publique, mais chercha à l'atteindre par un avertissement doux et muet, afin que le repentir pût le corriger plus facilement, sans qu'aucune exclusive ne l’aigrît. Pourquoi, malheureux Judas, n’uses-tu pas d'une telle mansuétude ? (…) Vois, les autres disciples, purs et innocents, s'épouvanter à l'annonce du crime et craignant tous pour eux-mêmes puisque l'impie n'a pas été révélé. Car, s'ils sont attristés, ce n'est pas que leur conscience leur reproche quelque chose, mais c'est à cause de l’incertitude que provoque l'humaine versatilité ; ils redoutent que ce que chacun sait de soi-même soit moins vrai que ce que la Vérité même voit à l'avance. Mais toi, Judas, au milieu de cette inquiétude des saints, tu abuses de la patience du Seigneur, et tu crois que ton audace te cache. Tu ajoutes l'impudence au crime, et un signe plus évident ne t’effraie pas. Alors que les autres n'osent pas toucher à l'aliment dont le Seigneur a fait un indice, toi tu ne retires pas ta main du plat, parce que tu ne détournes pas ton âme du crime. En conséquence, bien-aimés, lorsque le Seigneur, comme le raconte l’évangéliste Jean (XIII 27), eut tendu au traître, en le manifestant ainsi plus clairement, le pain trempé, le diable s'empara entièrement de Judas ; et l'ayant déjà enchaîné par ses pensées coupables, il prit dès lors possession de lui par cette action impie elle-même. Car si son corps était a table avec les autres, son esprit en réalité armait la haine des prêtres, le mensonge des témoins et la fureur de la foule ignorante (saint Léon le Grand : sermon LVIII, septième sur la Passion). [2] Ils dorment et ignorent la douleur que le Christ endure pour eux. « Il porte nos péchés et il souffre pour nous » (Isaïe, LIII 4). Vous souffrez donc, Seigneur, non de vos blessures, mais des miennes, non de votre mort, mais de notre faiblesse. Nous qui estimions que c'était vous qui étiez dans la douleur ! Ce n'était pas pour vous-même mais pour moi que vous souffriez. Car vous êtes accablé, mais à cause de nos péchés (Isaïe, LIII 5), Cette faiblesse, vous ne la tenez pas de votre Père, mais vous l’avez prise pour moi, parce qu'il était pour moi salutaire que le châtiment qui nous rend la paix soit sur vous et que par vos plaies vous guérissiez nos blessures (Isaïe, LIII 5). Mais quoi d'étonnant si, pour tous, il a souffert, quand pour un seul il a pleuré ? Quoi d'étonnant s'il est pris d'angoisse au moment de mourir pour tous, quand il verse des larmes au moment de ressusciter Lazare ? Ce sont alors les larmes d'une sœur aimante qui l'émeuvent, touchant son âme humaine, et c'est ici une volonté profonde qui le pousse : comme en sa chair il détruisait nos péchés, il voulait que la desolation de son âme abolisse également la désolation de la nôtre. Et il est triste peut-être aussi de ce que depuis la chute d'Adam ce soit par un tel passage que nous devions quitter ce monde. Car Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (Sagesse, I 13). C'est pourquoi le Christ y répugne : ce n'est pas lui qui l'a faite (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, X 57-58). [3] Le Seigneur parlait encore lorsque se précipitèrent ceux qu'il avait annoncés. Une troupe armée d'épées et de bâtons accourut pour se saisir du Christ, suivant son guide, Judas Iscariote, qui, par le privilège de sa trahison, avait obtenu d'être en tête dans ce crime (...) Le Fils de Dieu permet donc à des mains impies de se porter sur lui ; ce que font ces furieux, sa puissance le laisse faire. C'est par un mystère de sa bonté que le Christ subissait les outrages ; s'il les avait repoussés en dévoilant sa puissance et en manifestant son pouvoir, il aurait seulement exercé sa puissance divine, sans guérir les maladies humaines. Mais dans tout ce que lui infligeait la folie du peuple et des prêtres, avec ignominie et insolence, nos souillures étaient lavées et nos fautes expiées. Car la nature, qui avait toujours été en nous coupable et prisonnière, souffrait en lui innocente et libre ; pour enlever le péché du monde, I'Agneau s'offrait en victime, lui que son corps unissait à nous, mais que son origine divine distinguait de tous (saint Léon le Grand : sermon LVI, cinquième sur la Passion). [4] Que la troupe furieuse accomplisse donc ce qu'elle a décidé, qu'elle se réjouisse de l'accomplissement de son crime : la force de celui qu'ils font prisonnier est cependant plus grande que celle des hommes qui l'arrêtent. Car l’aveuglement des Juifs n'a eu qu'un résultat : ils se sont perdus eux-mêmes par leur impiété ; la patience du Christ, au contraire, a fait qu'il a sauvé tous les hommes par sa Passion (saint Léon le Grand : sermon LVII, sixième sur la Passion). [5] Pourquoi traiter ainsi un malheureux qu'on va mettre à mort ? Pourquoi cette comédie, sinon afin de rendre plus évidente la perversité de leurs cœurs ? Ne les dirait-on pas en présence d'un animal farouche ? Voyez avec quelle rage ils s'acharnent après lui. Les insensés ! Ils se font comme une fête de persécuter et de montrer leurs instincts sanguinaires (…) Comme un lion s'acharne sur un agneau, ces scélérats maltraitent cette victime si douce et si résignée, et nous découvrent à la fois la providence ineffable du Christ et leur propre malice (…) Tout ce dont la douceur est capable, le Christ le réalisa ; tout ce que la malice humaine peut produire d'insultes et d'outrages, ses ennemis le firent dans leurs paroles et leurs actions. Le prophète avait prédit cet enchaînement d'humiliations : « son visage sera sans éclat, et sa figure méprisée parmi les enfants des hommes » (Isaïe, LII 14). Vit-on jamais rien de comparable à ces opprobres ? Ce visage devant qui la mer recula et pâlit le soleil sur la croix sa gloire, ils le couvrent de crachats, ils le soufflettent ; ils frappent sa tête de coups dans l'excès de leur folie ; ils lui font des plaies ignominieuses, l'injurient, l'outragent, joignent la dérision à l'insulte et aux coups (saint Jean Chrysostome : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, homélie LXXXV) . [6] Je lis dans l’Evangile que Pierre pleura, mais je ne lis, nulle part qu’il prononça un mot de prière ; je vois couler ses larmes, mais je n’entends pas l’aveu de sa faute. Oui, Pierre a pleuré et il s'est tu : c’était justice, car, d’ordinaire, ce qu'on pleure ne s’excuse pas, et ce qu’on ne peut excuser peut se pardonner. Les larmes effacent la faute que la honte empêche d’avouer. Pleurer, c'est donc tout à la fois, venir en aide à la honte et obtenir indulgence : par là, on ne rougit pas à demander son pardon, et on l'obtient en le sollicitant Oui, les larmes sont une sorte de prière muette : elles ne sollicitent pas le pardon, mais elles le méritent ; elles ne font aucun aveu, et pourtant elles obtiennent miséricorde. En réalité, la prière de larmes est plus efficace que celle de paroles, parce qu'en faisant une prière verbale, on peut se tromper, tandis que jamais on ne se trompe en pleurant. A parler, en effet, il nous est parfois impossible de tout dire, mais toujours nous témoignons entièrement de nos affections par nos pleurs. Aussi Pierre ne fait-il plus usage de sa langue qui avait proféré le mensonge, qui lui avait fait commettre le péché et perdre la foi ; il a peur qu'on ne croie pas à la profession de foi sortie d'une bouche qui a renié son Dieu : de là sa volonté bien arrêtée de pleurer sa faute, plutôt que d’en faire l'aveu, et de confesser par ses larmes ce que sa langue avait déclaré ne pas connaître. Si je ne me trompe, voici encore pour Pierre un autre motif de garder le silence : demander son pardon sitôt après sa faute, n’était-ce pas une impudence plus capable d’offenser Dieu que de l’amener à se montrer indulgent ? Celui qui rougit en sollicitant son pardon, n’obtient-il pas ordinairement plus vite la grâce qu’il demande ? Donc, en tout état de faute, mieux vaut pleurer d’abord, puis prier. Nous apprenons ainsi, par cet exemple, à porter remède à nos péchés, et il s'ensuit que si l’Apôtre ne nous a pas fait de mal en reniant son Maître, il nous a fait le plus grand bien par la manière dont il a fait pénitence de son péché. Vovez combien il a été utile à Pierre de verser des larmes : avant de pleurer il est tombé ; après avoir pleuré, il s'est relevé ; avant de pleurer, il est devenu prévaricateur ; après avoir pleuré, il a été choisi comme Pasteur du Troupeau, il a reçu le pouvoir de gouverner les autres, bien qu'il n’ait pas su, d’abord, se diriger lui-même. Telle fut la grâce que lui accorda Celui qui, avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles (saint Augustin : Sermon XI, sur la chute de Pierre). [7] Cette circonstance redouble la faute de Judas et celle des prêtres. Elle augmente le crime de Judas, non parce qu’il se repentit de sa trahison, mais parce qu’il le fit trop tard, et qu’il le fit mourir par un détestable désespoir ; se déclarant ainsi coupable de perfidie à la face de toute la terre. Elle redouble aussi le péché des prêtres, parce qu’au lieu d’être touchés de l’exemple de Judas, et de condamner comme lui leurs cruels desseins, ils aimèrent mieux y demeurer opiniâtrement que d’en faire pénitence (saint Jean Chrysostome : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, homélie LXXXV). [8] Ponce Pilate qui appartenait à l’ordre équestre, fut le sixième procurateur de Judée, de 26 à 36 : son pouvoir s’étendait sur la Judée, l’Idumée et la Samarie, avec Césarée pour capitale. Pilate détient en Judée le pouvoir administratif suprême, l'imperium, qui lui laisse une assez large indépendance, et l'investit du droit de condamner à mort, droit qu'il exerce sans partage ; un procès juif qui aboutit à la peine capitale n'a de sens que si le gouverneur accepte la condamnation et en permet l’exécution . Dans le procès de Jésus, Pilate ne cède pas à la peur ni ne défend l'accusé, mais se montre tel un gouverneur qui ne veut pas être manœuvré par les gouvernés. Cependant l'accusation est fort habile car, face à une revendication de royauté, le gouverneur ne peut pas se dérober. Pilate entretient des rapports convenables avec les milieux sacerdotaux, singulièrement avec Caïphe, le grand-prêtre, qu’il a le pouvoir destituer mais qu’il maintient en poste tout au long de son préfectorat. Outre que Pilate qui est militaire, n’est pas préparé pour administrer une province remuante, il est totalement insensible au judaïsme ; il introduit les effigies de César à Jérusalem (ce que n'avait osé aucun de ses prédécesseurs) et il utilise l'argent du Trésor du Temple pour aménager l'aqueduc qui amène l'eau au Temple depuis le sud de Bethléem. Cependant les trois fois que Pilate bat monnaie, il introduit le simpulum (petite coupe pour les libations) et le lituus (bâton augural), mais il se garde d’y faire frapper des figures humaines, ce qui serait insupportable aux Juifs. La masse juive ne l'intéresse pas, mais provoque chez lui agacement. Quand ses initiatives suscitent de vives réactions parmi les Juifs, il emploie la manière forte. Poussé par un zèle excessif, Pilate devance les manœuvres du prophète samaritain qui invite ses coreligionnaires à gravir le Garizim pour y trouver les vases sacrés enfouis par Moïse ; il fait massacrer les Samaritains qui étaient cependant fidèles à Rome. Après le massacre des Samaritains (36), Vitellius, le gouverneur de Syrie, envoie Pilate s'expliquer auprès de Tibère, mais l’Empereur meurt avant son arrivée. Dès lors, Pilate échappe à l'historien et entre dans la légende. [9] Il semblait lui dire : “C'est donc toi, pauvre, humilié, dénué de tout, qui est accusé de prétendre à la royauté, la royauté qui a besoin de tant de puissance et de richesse” (Theophylacte : commentaire de l’évangile selon saint Luc). [10] Il faut remarquer que souvent, pour les Gentils, des songes envoyés par Dieu sont de véritables révélations, et que l’on trouve en Pilate et sa femme, confessant la Justice du Seigneur, le témoignage du peuple des Gentils en sa faveuri (saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XVIII). [11] Les foules, comme des bêtes féroces, les foules qui suivaient la voie large, voulaient qu’on leur délivrât Barabbas. C’est ainsi que ce peuple, considéré de son extérieur, présente en quelques-uns de ses membres des sédicieux, des homicides, des voleurs, tandis que tous ceux qui le composent sont tels en leur âme. Là où n’est pas Jésus sont les disputes et les combats, et là où il est tout est paix et bien. Or, tous ceux qui sont semblables aux Juifs, ou par leur vie ou par leur croyance, désirent la délivrance de Barabbas ; car quiconque fait le mal, c’est Barabbas qui est déchaîné dans son corps et le Christ qui y est lié, tandis que celui qui fait le bien possède le Christ libre et tient Barabbas enchaîné (…) Pilate voulut leur faire sentir la honte d’une telle iniquité (…) Il le dit non seulement pour ce motif, mais aussi pour voir jusqu’où irait leur impiété. Ils ne rougissent pas d’entendre Pilate appeler Jésus le Christ, et ils ne gardent plus de mesure dans leur impiété (…) Ils multiplie la mesure de leur iniquité, ne demandant pas seulement la vie pour l’homicide, mais demandant encore la mort pour le juste, et la mort si honteuse de la croix (Origène : tractatus XXXIII sur l’évangile selon saint Matthieu). [12] Le juge condamne celui qu'il déclare innocent ; il livre au peuple injuste le sang du Juste (…) Ce n'est pas en se lavant les mains qu'il lave la souillure de son âme, ce n'est pas en faisant couler de l'eau sur ses doigts qu'il expie l'acte commis avec la complicité de son cœur impie. Il est vrai que le crime des Juifs a dépassé la faute de Pilate, car, en l'effrayant avec le nom de César et en l'assourdissant de leurs cris de haine, ils l'ont poussé à accomplir son forfait. Cependant, il n'a pas été innocent, puisqu'il a pactisé avec l'émeute, qu'il a renoncé à son propre jugement et a ainsi participé au crime des autres (saint Léon le Grand : sermon LIX, huitième sur la Passion). [13] Jésus prend sur ses épaules, dans cette chlamyde rouge, les œuvres de sang des Gentils (saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saintr Matthieu). [14] Nous apparaissant couronné d’épines, il nous prouve qu’il vient nous secourir, nous qui sommes étouffés par les épines. Nous savons que sa couronne véritable c’est la flamme ; sa couronne, c’est le Père et le Saint-Esprit ; son trône c’est le ciel, et la terre est l’escabeau de ses pieds ; les nuées brillantes et les éclairs forment sa pourpre ; les chérubin forment son char ; et il accepte d’être couronné de nos épines (saint Ephrem : sermon VI, sur la Passion, 12). [15] Ce roseau que l’on met dans la main du Sauveur, est le symbole de ce sceptre vain et fragile sur lequel nous nous appuyons avant notre venue à la foi (Origène : commentaire de l’évangile selon saint Mathhieu, CXXV). [16] Jésus est donc livré à la fureur des soldats ; et c’st ici où je veux que votre foi supplée à mon discours ; il servirait de peu de vous attendrir sur les souffrances du Sauveur ; il vaut bien mieux que vous fassiez de Jésus-Christ souffrant, le modèle de vos mœurs, et le motif de votre pénitence. Des bêtes féroces se jettent sur son corps sacré ; on le dépouille : celui qui était revêtu de la lumière comme d’un vêtement, n’est plus ici couvert que de sa confusion ; et par la hontre profonde de sa nudité, il répare vos scandales et vos indécences. On décharge sur la chair immaculée une grêle de coups : ce n’est plus qu’une plaie hideuse qui le couvre : la barbarie des bourreaux se lasse sur un corps formé par l’Esprit Saint ; et la force manque plutôt à ces sacrilèges que la patience à cet Agneau divin (Massillon : sermon sur la Passion de Notre-Seigneur). [17] La foule accompagnait Jésus vers le lieu du supplice, lorsqu'on rencontra un certain Simon de Cyrène ; on enleva au Seigneur le bois de la croix pour le lui faire passer. Cela préfigurait la foi des païens, pour qui la croix du Christ allait devenir non une honte, mais une gloire. Ce n'est donc pas par hasard, mais pour servir de symbole, que, face aux Juifs acharnés contre le Christ, il se rencontra un étranger pour compatir à ses souffrances ; l’Apôtre le dit : « Nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. » Car celui qui fut soumis au déshonneur très saint du Sauveur, ce ne fut ni un Hébreu, ni un Istaélite, mais un homme d'une autre race. Par ce transfert de la croix, la Rédemption passait des fils selon la chair aux fils selon l’Esprit. En vérité, « notre Pâque », selon le mot de l'Apôtre, « le Christ, a été immolée » (I Corinthiens, V 7). C'est un sacrifice nouveau et véritable de réconciliation qu'il offre au Père, non pas à l'intérieur de la ville, qui, en punition de son crime, devait être détruite, mais à l'extérieur et au-dehors, pour qu'à la place du mystère des anciennes victimes, qui était aboli, une nouvelle hostie soit placée sur un nouvel autel et que la croix du Christ soit cet autel, non pas d'un temple, mais du monde (saint Léon le Grand : sermon LIX, huitième sur la Passion). [18] Une tradition est venue jusqu’à moi, affirmant que le corps d’Adam, le premier homme formé par Dieu, avait été enterré au lieu même où Jésus fut crucifié, afin que comme tous meurent en Adam, tous reçoivent la vie en Jésus-Christ ; et que dans ce lieu du Calvaire, c’est-à-dire de la tête, le chef du genre humain, par la résurrection de celui qui y a souffert, reçut pour lui et pour toute sa postérité la résurrection et la vie (Origène : commentaire de l’évangile selon saint Mathhieu, CXXVI 35). [19] Il s’agit du titre (titulus),sorte de planchette, recouverte d’un badigeon blanc, où était inscrit en lettres rouges ou noires le nom et le délit du condamné ; il arrivait que l’on portât le titre de la croix devant le condamné ou qu’on lui suspendît au cou. Pilate le fit clouer au-dessus de la croix : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » (ce que résument les quatre lettres que l’on voit sur nos crucifix : INRI, le J n’existant pas dans le latin de cette époque). L’inscription était inscrite dans « les trois langues qui avaient la prééminence à cette époque : la langue hébraïque, la langue de ceux qui avaient la gloire de posséder la Loi de Dieu ; la langue grecque, la langue de la sagesse humaine, et la langue latine, la langue de ceux qui commandaient à l’univers »(saint Augustin). La tradition veut que la sainte impératrice Hélène retrouvât avec la Croix son titre ; on sait qu’elle fit bâtir sur son palais la basilique sessorienne, l’actuelle Sainte-Croix de Jérusalem, pour y abriter une portion du bois de la Croix et un morceau du Titre (où on lisait Nazaréen, en trois langues, toutes écrites de droite à gauche comme l’hébreux). Lors d’une restauration entreprise par le cardinal Pierre Gonsalvi de Mendosa, titulaire de la basilique : « Lorsque les ouvriers atteignirent le sommet de l’arc, au milieu de la basilique près du toit, où l’on voit encore deux petites colonnes, ils sentirent un certain vide, et y découvrirent une niche dans laquelle se trouvait une boite de plomb de deux palmes, bien close, et au-dessus une tablette de marbre où étaient gravés ces mots : hic est titulus veræ crucis. » Le titre était dans la boite qui portait trois cachets authentiques ; c’était le 1° février 1492, le jour même où l’on apprit à Rome la victoire remportée par les rois catholiques contre Grenade. Trois jours après, le pape Innocent VIII authentifia la relique. Le pape Alexandre VI Borgia publia la bulle « Admirabile sacramentum » dans laquelle il reconnut l’authenticité de la redécouverte du Titre de la Croix. [20] De l’aiguillon de leurs moqueries, ils rendaient plus douloureux l’affreux supplice de la croix. Les traits envenimés de leur bouche allaient frapper celui que leurs mains ne pouvaient atteindre (saint Léon le Grand : sermon IV sur la Passion, 2). [21] Tous ceux qui me voient se moquent de moi, ils grimacent des lèvres, hochent la tête : « Il s’en est remis à Yahvé, qu’Il le délivre, qu’Il le sauve puisqu’Il l’aime ! » Psaume XXI 8-9. [22] Où avaient-ils vu que le roi d’Israël, le Fils de Dieu, celui auquel il fallait donner leur foi, serait celui qui ne se laisserait pas mettre en croix, ou saurait se détacher de la croix ? Non, vous n’avez appris cela ni dans les mystères de la Loi, ni dans les obervances de la Pâque, ni dans les paroles des prophètes (saint Léon le Grand : sermon IV sur la Passion, 2). [23] Le Sauveur était venu pour procurer nos intérêts et non les siens. Il voulait être reconnu pour le Sauveur, non en pensant à son salut, mais à celui de sa créature. Le médecin manifeste son habileté non dans sa santé personnelle, mais dans la santé qu’il procure à ses malades. La mort du Sauveur sur sa croix apportera aux hommes une foi plus parfaite et un salut plus complet que n’aurait pu le faire la descente miraculeuse de la croix (saint Athanase : « De la Passion et de la Croix du Seigneur », XXII & XXIII). [24] Ces condamnés étaient unis dans la même peine, mais ils étaient séparés par des abîmes. C'étaient leurs crimes qui avaient conduit ces malfaiteurs à la croix ; c'étaient les nôtres qui y avaient conduit Jésus-Christ. Si, comme l'écrivait saint Pierre (I Pierre, IV 15), nous souffrons comme des malfaiteurs, quelle gloire pouvons-nous prétendre retirer de nos souffrances ? Et si nous voulons bien y regarder, nous verrons que par elle toute souffrance vient du péché, ou de nos péchés personnels, ou du péché d'origine. Mais nous pouvons souffrir avec le Christ, souffrir en qualité de chrétiens ; pour affirmer la vérité et la justice, pour continuer l'œuvre du Christ ; et alors il y a lieu de se glorifier de la souffrance, car cette souffrance glorifie Dieu (saint Augustin : sermon CCLXXXV, 2). [25] Le Père ne pouvait pas abandonner son Fils unique, c’est impossible. C’est pour tout son corps, c’est-à-dire pour lui et toute l’Eglise qu’il parle de la sorte. Car le Seigneur Jésus, notre chef, voulant faire éclater l’unité et montrer la charité qu’il porte à l’Eglise, son épouse, montre qu’il souffrira aussi en tous ses membres, puisqu’il souffre maintenant la Passion en la tête, c’est-à-dire dans son propre corps qu’il tenait de la Vierge. Il crie qu’il est abandonné, lui qui ne pouvait l’être, parce que beaucoup de ses membres devaient être en proie à une tribulation si excessive qu’ils paraîtraient comme abandonnés de Dieu (saint Bernard : « La Vigne mystique », XII). [26] « Pour ma soif, ils m’ont fait boire du vinaigre » Psaume LXVIII 22. Il s’agit sans doute ici de la posca qui est un mélange d’eau et de vinaigre que l’on donne aux soldats et aux ouvriers. [27] Le voile du Temple se déchire pour attester que le Temple perd sa gloire en même temps que la protection de l’ange qui le gardait. La terre s’agite, car elle sent qu’elle doit pas emprisonner ce mort. Les pierres se brisent, car elles sont pénétrées de la puissance de Dieu. Des tombeaux s’ouvrirent, car les demeures de la mort ont été forcées ; et beaucoup de corps saints qui étaient endormis se levèrent. Celui qui vient de mourir répandait sa lumière dans les ténèbres de la mort et lui enlevait ses dépouilles (saint Hilaire : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XXXIII 7). [28] Cet homme a vraiment toute la foi qui fera la vie de l’Eglise, cette foi devant laquelle tous les voiles se déchirent et qui pénètre dans tous les mystères célestes. Cette foi, il la conçoit et il la confesse en face de la croix sur laquelle meurt Jésus : en face de la croix, il reconnaît Jésus-Christ comme le Fils de Dieu (le bienheureux Raban Maur : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu). [29] Regarde sur mon visage les crachats que j'ai reçus pour toi, afin de te replacer dans l'antique paradis. Regarde sur mes joues la marque des soufflets que j'ai reçus pour rétablir en mon image ta beauté détruite. Regarde sur mon dos la trace de la flagellation que j'ai subie afin de te décharger du fardeau de tes péchés, qui avait été imposé sur ton dos. Regarde mes mains qui ont été bien clouées au bois à cause de toi qui autrefois a mal tendu tes mains vers le bois. Regarde mes pieds fixés au bois et transpercés à cause de tes pieds qui ont eu le tort de courir vers le bois au sixième jour, jour de ta désobéissance et jour où j'ai peiné pour t'ouvrir le paradis. A cause de toi j'ai goûté le fiel, afin de te guérir de l'amère volupté de cette douce nourriture. J'ai goûté le vinaigre, afin d'abolir l'âcreté de ta mort et la coupe contre nature. J'ai accepté l'éponge, afin d'effacer l'acte libellé contre toi du fait de ton péché. J'ai accepté le roseau, afin d'enregistrer la libération du genre humain. Je me suis endormi sur la croix et la lance a percé mon côté à cause de toi qui t'es endormi au paradis et as laissé sortir Eve de ton côté : mon côté a guéri la douleur de ton côté, et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l'enfer. Le coup de lance qui m'a frappé a repoussé le glaive tourné contre toi. Parce que tu étais nu, tu t'étais caché de Dieu : mais voici que tu as caché en toi un Dieu qui a voulu être nu. Tu t’étais revêtu de la tunique de peau de ta honte : mais voici que moi qui suis Dieu je me suis revêtu de la tunique de sang de ta chair. Alors lève-toi et partons d'ici, de la mort à la vie, de la corruption à l'immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle (saint Epiphane : sermon II pour le saint et grand samedi). [30] Après tous les services qu’elles lui avaient rendus dans sa vie, ces femmes l’accompagnent jusque dans la mort, bravant tous les périls, montrant dans leur amour compatissant un courage plus grand que les apôtres. Ce sexe qui le premier a encouru les plus graves malédictions a été le premier à la source des bénédictions (saint Jean Chrysostome : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, homélie LXXXVIII 2). [31] Donne-moi ce mort à ensevelir, le corps de ce Jésus de Nazareth que tu as condamné, de Jésus le pauvre, de Jésus le sans maison, de Jésus le suspendu à la croix, nu et humilié, de Jésus le fils de l'ouvrier, de Jésus lié, de l'étranger qui dort à la belle étoile, qui se voit refuser l'hospitalité, qui n'est pas reconnu, de cet homme méprisable, suspendu à la croix pour tous les hommes (...) Donne-moi, ô gouverneur, celui qui est nu sur le bois, que je le recouvre, lui qui a recouvert la nudité de ma nature. Donne-moi ce mort qui est en même temps Dieu, que je le couvre, lui qui a couvert mes iniquités. Donne-moi, ô gouverneur, ce mort à ensevelir, qui a enseveli au Jourdain mon péché. Je te supplie pour un mort envers qui tous les hommes se sont rendu coupables d'injustice, que son ami a vendu, que son disciple a renié, que ses frères ont traduit en justice, qu'un serviteur a frappé. Je négocié auprès de toi pour un mort qui a été condamné par ceux qui sont par lui libérés de l'esclavage, qui a été blessé par ceux qu'il a lui-même guéris, qui a été abandonné de ses disciples et privé même de sa mère. Je viens t’importuner, ô gouverneur, en faveur d'un mort qui est suspendu au bois et qui n'a pas de maison. Car il n'a ni père sur la terre, ni ami, ni disciple, ni parenté, ni personne pour l'enterrer. Mais il est seul et unique, Fils unique du Dieu unique, il n'est autre que Dieu lui-même venu dans le monde. Sur ces mots de Joseph, Pilate ordonna que le corps très saint de Jésus lui fût donné. Et quand Joseph arriva au lieu du Golgotha, il fit descendre du bois le Dieu fait chair et le déposa sur la terre (...) Mais dis-moi, Joseph, dis-moi : toi qui as demandé et reçu, sais-tu qui tu as reçu ? Lorsqu'arrivant vers la croix tu as fait descendre Jésus, sais-tu qui tu as porté ? (...) Laves-tu avec de l'eau le corps de Dieu qui nous a tous lavés et purifiés ? Quelles lampes allumes-tu pour la vraie lumière qui éclaire tout homme ? Quels chants funèbres chantes-tu pour celui que chante continuellement toute l'armée céleste ? Verses-tu des larmes, comme sur un mort, sur celui qui a pleuré et qui a ressuscité Lazare mort depuis quatre jours ? Fais-tu des lamentations funèbres pour celui qui nous donne à tous la joie et qui nous a libérés de la tristesse d'Eve ? Heureuses tes mains, ô Joseph, qui ont soigné et palpé les mains et les pieds en sang, qui ont touché le divin corps de Jésus. Heureuses tes mains qui avant Thomas, l’incrédule croyant et l'indiscret félicité, ont approché le côté de Dieu, d'où coulait le sang (saint Epiphane : sermon II pour le saint et grand samedi). Textes liturgiques © AELF, Paris |