Fête de la Transfiguration du Seigneur

Première lecture

Lecture du livre de Daniel (VII 9-10,13-14)[1]

La nuit, au cours d'une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des millions d'êtres le servaient, des centaines de millions se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l'on ouvrit les livres.

Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Le genre littéraire des apocalypses, auquel appartient ce passage du livre de Daniel *, oppose le monde présent, avec ses souffrances, ses injustices, ses persécutions et ses « détresses », au monde futur qui sera celui de la justice, de la paix, du bonheur sans fin. Pour ce faire, l’auteur recourt à des images dont il importe de retenir le sens. Le dernier mot de l'Histoire appartient à Dieu. Même écrasé par l'épreuve, le croyant sait qu'un jour il lui sera rendu justice et qu'il entrera dans un monde nouveau où toutes les réalités humaines et cosmiques seront transfigurées : ce sera « les cieux nouveaux et la terre nouvelle» qu’évoque le prophète Isaïe (LXV 17). Quel qu’en soit ici le sens, de l'expression « Fils de l'homme », dans le Nouveau Testament, désigne généralement le Christ. Lors donc que la liturgie reprend la grandiose vision de Daniel, elle y voit la proclamation solennelle de la Seigneurie de celui qui, « mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification » (épître de saint Paul aux Romains, IV 25), siège désormais à la droite du Père. Le Christ est déjà le « roi » de l'univers, mais nous ne le savons que par la foi : en effet, on ne voit pas que « tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues » reconnaissent et acceptent sa « royauté ». Pourtant ce jour viendra où la seigneurie du Christ sur l'humanité et l'univers, actuellement voilée, sera manifestée dans l'éclat de la gloire. Tendue vers ce jour, « la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu ; elle aussi sera libérée de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu » (épître de saint Paul aux Romains, VIII 19-22). Tel est bien le dessein mystérieux de Dieu, déjà connu dans la foi et qui sera un jour déployé en pleine lumière : « Réunir l'univers sous un seul chef, le Christ » (épître de saint Paul aux Ephésiens, I 10).

* Le Livre de Daniel, dans le canon catholique, est classé parmi les Prophètes, après Ezéchiel, tandis que le canon juif le place parmi les Ecrits ou Hagiographes. Certains chapitres sont écrits en hébreu (I-II 4 & VIII-XII), d'autres en araméen (II 4 à III 23 & III 91 à VII 28) ou en grec (III 24-90 & XIII-XIV). L’auteur inconnu a sans doute utilisé une partie déjà existante (partie narrative) qu'il a légèrement remaniée. Il y a ajouté les visions de la deuxième partie. La composition de la première partie semble dater de la fin du III° siècle. La partie prophétique et à la rédaction d'ensemble furent écrites vers 167. Le milieu politique de la première section est celui de la cour babylonienne et perse (VI° siècle), alors que celui de la deuxième section est à rapprocher de la période de persécution d'Antiochus Epiphane, avant la victoire complète des Maccabées. Pour la première section, c'est le milieu de la Diaspora, avec une certaine tranquillité religieuse qui s'accompagne toutefois de la résistance à l'idolâtrie. Pour la deuxième section, il s'agit d'une résistance à l'imposition du paganisme hellénique. Mais au plus fort de la résistance, certains Juifs se demandent pourquoi Dieu semble ainsi les abandonner et s'il vaut la peine de sacrifier ses biens et sa vie à la foi ancestrale.