30 juillet

Saint Germain d'Auxerre,
Saint Pierre Chrysologue

Sommaire :

Biographie de St Germain

Hymne pour la fête de St Germain


Biographie de St Pierre Chysologue



Biographie de Saint Germain d'Auxerre

La vie de saint Germain d'Auxerre est d'abord connue par la Vita que Constance, prêtre de Lyon, écrivit à la demande de son évêque, une trentaine d'années apres la mort de saint Germain. On connaît aussi une autre Vita, probablement constituée au début du neuvième siècle à partir de la première. Saint Germain, né à Auxerre vers 378, au sein d'une famille de grands propriétai­res, peut-être d'ordre sénatorial, étudie les arts libéraux à Autun puis le droit à Rome. Avocat puis haut fonctionnaire de l'Empire, il se marie. Après la mort de l'évêque Amâtre (Amator) d'Auxerre (418), « tous les clercs, la no­blesse entière, la population de la ville et de la campagne en vien­nent à un avis unanime : tous d'une seule voix réclament Ger­main comme évêque... Malgré lui, contraint, forcé, il reçoit le sacerdoce mais soudain il se transforme du tout au tout. ll aban­­donne le service de ce monde, se charge de celui du ciel... D'é­pouse, sa femme devient une s½ur, il distribue sa fortune aux pauvres, recherche la pauvreté. » Il est ordonné le dimanche 7 juillet 418.

Menant une vie ascétique très rude et pratiquant l'hospitalité, Germain « fonde un monastère, en vue de la ville, de l'autre côté de l'Yonne, pour attirer les foules à la foi catholique par les communautés monastiques et le rayonnement du clergé. » Dans l'antiquité et au Moyen Age la ville d'Auxerre est située sur la rive gauche de l'Yonne. Du monastère de la rive droite, qui fut placé d'abord sous le patronage des saints Côme et Damien, puis sous celui de saint Marien, il ne reste rien.

Dans la Vita, le prêtre Constance insiste plus sur les voyages de saint Germain que sur son activité dans son diocèse. Pour compren­dre l'intérêt que saint Germain portait aux Iles bri­tan­ni­ques, il faut connaître les relations établies avant lui, ne serait-ce que parce que saint Patrick, l'apôtre de l'Irlande, vécut longtemps à Auxerre où il fut probablement ordonné diacre et prêtre par l'évêque Amâtre ; saint Patrick Germain reçut l'épiscopat de saint Germain lui-même, en 432, après la mort de Palladius, disparu avant d'arriver en Irlande où l'avait envoyé le pape Célestin I°.

En 429, Célestin I° envoya saint Germain d'Auxerre en Bretagne pour y combattre l'hérésie pélagienne. Il s'y rendit avec le saint évêque Loup de Troyes. En passant à Nanterre, près de Paris, saint Germain distingua la petite Geneviève à laquelle il prédit que sa vie sera consacrée à Dieu. En Bretagne, saint Germain et saint Loup, soutinrent un débat en présence d'une grande foule et réfutèrent les arguments des pélagiens. Ils firent ensuite un pèlerinage au sanctuaire du premier martyr de l'île, saint Alban, probablement à Verulam. Les Bretons étaient alors menacés par les Saxons et les Pictes. Après avoir célébré les fêtes de Pâques « Germain se proclame chef de guerre. Il choisit des troupes légères, parcourt les environs, observe la vallée, resserrée entre de hautes montagnes, par où l'on attendait l'arrivée de l'ennemi. Là il dispose une seconde armée et prend lui-même le comman­dement de la colonne. » Alors que les ennemis, comptant sur un effet de surprise, s'approchent, « les évêques lancent un Alle­luia trois fois répété. Tous le reprennent d'une seule voix et l'é­cho des montagnes multiplie la clameur. » Pris de panique les en­nemis s'enfuient, « les evêques triomphent... sans effusion de sang. »

Quelques années plus tard, saint Germain, en route pour Arles où il va plaider la cause de ses diocésains accablés d'impôts, passe par Alésia puis « descend au fil de la Saône jusqu'à Lyon. » En Arles où le préfet des Gaules, Auxiliaris, lui accorde le dégrèvement souhaité, saint Germain rencontre « l'évêque Hilai­re, homme de grande valeur par ses diverses vertus... torrent d'éloquence divine enflammé par la foi et ouvrier infatigable pour l'enseignement divin. » Le biographe de saint Hilaire ra­con­te que l'évêque d'Arles (430-49) vit souvent l'évêque d'Auxer­re. Lors de son second voyage en Grande-Bretagne, saint Ger­main rencontre encore sainte Geneviève qui a un peu plus de vingt ans et habite Paris, où elle est fort mal vue ; il prend sa défense.

La décomposition de l'Empire romain crée des situations complexes. Non envahie par les Barbares, l'Armorique est en état d'insurrection permanente. Aétius « qui gouverne alors l'Etat, abandonne au très cruel Goar, roi des Alains, pour qu'il les châtiât en raison de l'audace de leur rébellion, ces pays qu'il avait avidement convoités. » Saint Germain va au devant de cette troupe. Seul devant les cavaliers bardés de fer il s'adresse au roi Goar par le moyen d'un interprète puis il saisit la bride de son cheval pour l'arrêter. « Le roi et son armée se retirent dans de paisibles cantonnements et Goar promet une très loyale garantie de paix à la condition que la grâce qu'il a accordée soit demandée à l'empereur ou à Aétius... Immédiatement, Germain se met en route pour l'Italie, sa seule satisfaction étant de ne jamais rester à jouir du repos. » Traversant les Alpes, il passe par Milan et gagne Ravenne. « L'impératrice Placidia gouverne alors l'em­pi­re romain avec son fils Valentinien qui est déjà un jeune homme. » Fille de Théodose, Galla Placidia garda le pouvoir jusqu'à sa mort en 450, bien que son fils Valentinien III fût devenu empereur dès 425. « Germain aurait assurément gagné la cause du pays armoricain... si la perfidie de Tibatto n'avait ramené ce peuple instable et indiscipliné à la révolte... La médiation de l'évêque devint inutile et la confiance impériale est déçue par cette tromperie. »

Germain tombe malade. Il demande que son corps soit rendu à sa patrie et meurt « le septième jour de sa maladie », le 31 juillet, très probablement en 448. Son corps rapporté à Auxerre arrive le 22 septembre l'ensevelissement a lieu le l° octobre. Saint Germain avait préparé son tombeau dans le petit oratoire Saint-Maurice au nord d'Auxerre. La sainte reine Clotilde y édifia entre 493 et 545 une basilique qui prit bientôt le nom de Saint-Germain et éclipsa le cimetière des premiers évêques situé sur le Mons Autricus, au sud-ouest de la ville. Desservie par un grand monastère, agrandie au neuvième siècle, puis reconstruite aux treizième et quatorzième siècles, la basilique Saint-Germain garde malgré la destruction de la nef un intérêt archéologique considérable.



Hymne des Laudes
pour la fête de saint Germain d'Auxerre

Interrompez pour un temps, saint Evêque,
les soins ordinaires que vous prenez de votre cher troupeau ;
Dieu même vous l'ordonne :
hâtez-vous de porter du secours
à l'Eglise d'An­gleterre, vivement attaquée.

Geneviève retardera un peu votre course ;
mais vous en serez dignement récompensé,
puisqu'interprète des volontés du Très-Haut,
vous consacrerez cette vierge pour être un temple de la Divinité.

A peine le saint Évêque accompagné de saint Loup,
a-t-il mis le pied sur cette terre désolée,
que l'erreur toute tremblante prend la fuite :
l'ennemi est terrassé et la grâce de Jésus-Christ triomphe.

Cependant les Pictes, cette nation barbare,
menacent de mettre tout à feu et à sang :
mais ne vous effrayez point, peuples anglais,
de tous leurs vains mouvements.

Le saint Pontife, devenu lui-même soldat,
se mettant à la tête des troupes
encore toutes trempées des eaux salutaires du Baptême,
dissipera en un instant par des cantiques de joie cette armée redoutable.

Ô puissance merveilleuse d'une foi humble,
capable même de transporter les montagnes !
C'est par de tels miracles que vous vous plaisez, Seigneur,
à relever la gloire de vos saints.

Gloire soit au Père éternel et au Fils :
qu'une gloire égale soit à l'Esprit divin,
amour substantiel de l'un et de l'autre,
qui revêt de la force d'en-haut les soldats de Jésus-Christ. Amen.


Cette hymne est aux Laudes de la fête de saint Germain d'Auxerre
dans les Offices propres de l'église royale et paroissiale de S. Germain l'Auxerrois ,
publiés chez Jean-Thomas Herissant en 1745.



Biographie

Evèque de Ravenne promue résidence impériale, Pierre fut un prélat considérable, avec qui Rome, Milan et Constantinople devaient compter. Eloquent, il reçut quelque temps après sa mort le surnom grec de chrysologue (au verbe d'or).

Pierre Chrysologue naquit vers 405 sur le territoire de Forum Cornelii (l'actuelle Imola, en Emilie). L'évêque de cette ville, Cornelius, le forma, dira-t-il, comme un bon père à la vie sacerdotale (sermon CLXV). Il fut élu évêque de Ravenne entre 425 et 429 ; son discours d'entrée fut prononcé entre 425 et 434 devant Galla Placidia, « mère de l'empereur chrétien, éternel et fidèle,... qui a mérité de mettre au monde une auguste trinité » (sermon CXXX), Théodose, Justa Grata Honoria, et Placide Valentinien III. Le sermon CXXXVI en l'honneur de l'évêque Adelphe (très probablement le métropolite d'Aquilée) suggère que Pierre est alors avant 431 simple évêque de la VIII° région, dépendant du patriarcat romain et sans prééminence spéciale. Mais en 431 Théodoret de Cyr et d'autres prélats orientaux, mécontents du concile d'Ephèse, adressent une lettre aux évêques de Rome, de Milan, d'Aquilée et de Ravenne. Ravenne est donc devenue, en 431, un centre ecclésiastique prépondérant. Le sermon CLXXV nous apprend en effet que Pierre, tout en restant suffragant de Rorne, comme les autres évêques de la Flaminia (Romagne), avait reçu par « édit du prince chrétien », Valentinien III, et par « décret du bienheureux Pierre », Célestin I° (422-432), le droit de consacrer quelques évêques de l'Émilie. Ce droit appartenait précédemment à l'archevêque de Milan. Ce sermon CLXXV a été prononcé par Pierre Chrysologue lorsqu'il consacra l'évêque de Vicohabentia (Voghenza, quartier de Portomaggiore, près de Ferrare), et le CLXV quand il consacra l'évêque d'Imola. L'absence au synode milanais en 451 des prélats de Forli, Faenza, Bologne, Modène - sans parler de Voghenza et d'Imola - donne à croire que ces sièges furent soustraits à la juridiction milanaise. Rome aurait délégué à Pierre non pas un droit de métropolite sur les diocèses de la Basse-Émilie, mais une sorte de vicariat, pour donner une satisfaction à la cour de Ravenne et prévenir un démenbrement possible de la province ecclésiastique de Rome au profit de Ravenne ; on restreignait aussi de cette manière les prérogatives de Milan. N'avait-on pas créé la métropole d'Aquilée et le vicariat d'Arles pour balancer la puissance de Milan ? Le voyage d'Adelphe, avant 431, pourrait s'interpréter comme un prélude à cette man½uvre de résistance aux Milanais. Quant à la légende de l'origine apostolique du siège de Ravenne, qui a été considérée comme une invention antiromaine, ce pourrait être au contraire un biais pour hausser Ravenne devant Milan, en faire un bastion romain contre la capitale lombarde. Bref, la grandeur ecclésiastique, puis civile et politique, des prélats de Ravenne au Moyen Age date de saint Pierre Chrysologue.

Entre 425 et 434, il consacra l'église Saint-Jean-l'Evangéliste, bâtie en raison d'un v½u fait par Galla Placidia en mer, alors qu'elle voguait de Constantinople à Ravenne. On figura dans l'abside un Pierre Chrysologue à la barbe imposante célébrant la messe, avec l'ange de l'épiclèse près de lui. Pierre fonda aussi la cathédrale de Classe (Petriana), et semble avoir consacré à Ravenne l'église des Saints-Jean-Baptiste-et-Barbatien. Ce qu'on appelle de nos jours la chapelle Saint-Chrysologue, au palais archiépiscopal, date en réalité de Pierre II. Saint Pierre Chrysologue accueillit avec honneur saint Germain d'Auxerre venu plaider devant l'Empereur la cause de l'Armorique contre Aétius qui avait fait appel au roi des Alains, Goar, pour mâter les Bretons. Saint Germain d'Auxerre sut qu'il allait mourir avant que de tomber malade ; le septième jour de sa maladie, il mourut assisté de saint Pierre Chrysologue entouré de six évêques (31 juillet 446).

Politique de grande valeur, Pierre a sans doute été un épistolier heureux, mais il ne nous reste qu'une seule lettre de lui qui a suffi pour fonder supra firmam petram sa réputation de théologien et de canoniste. C'est une réponse à Eutychès, archimandrite byzantin, qui était combattu à Cons­tan­ti­nople parce qu'il confondait les deux natures du Christ. Eutychès avait demandé l'appui de l'évêque de Ravenne et de Rome. Saint Pierre Chrysologue lui écrivit, après juin 449, qu'il refusait de prendre parti sans connaître les arguments opposés à Eutychès ; il n'avait pas qualité pour trancher le débat : le jugement de l'affaire, dit Pierre Chrysologue, n'appartenait à Rome, « car le bienheureux Pierre, qui sur son propre siège vit et préside, fournit à ceux qui la cherchent la vérité en matière de foi. »

Selon Andreas Agnellus qui écrivait vers 830, Pierre Chrysologue mourut à Imola et fut enseveli un 3 décembre dans la basilique suburbaine Saint-Cassien ; Agnellus dit que Pierre Chrysologue mourut au moment où Valentinien commençait à gouverner l'empire seul, donc après la mort de Galla Placidia (27 novembre 449), probablement le 3 décembre 450. Pour Testi-Rasponi, il serait mort un 31 juillet : on aurait échangé les dates de décès entre lui et Pierre II, qui vécut au début du cinquième siècle. En 1729 saint Pierre Chrysologue fut honoré du titre de docteur de l'Èglise par Benoît XIII. Sa fête fut alors inscrite au 4 décembre dans le martyrologe romain, à quoi Paul VI, se référant à Testi-Rasponi, préféra le 30 juillet.

Les sermons de saint Pierre Chrysologue montrent qu'il avait bénéficié d'une bonne formation rhétorique. Sa phrase est construite selon la cadence et les clausules classiques ; il utilise les figures courantes, spécialement la répétition, la métaphore, parfois l'oxymoron. Certaines formules trahissent des réminis­cences d'auteurs profanes (Cicéron, Sénèque, Virgile), mais il ne fait jamais de citations explicites. Il apparaît comme le témoin d'un fonds commun doctrinal et spirituel, transmis surtout par l'enseignement catéchétique au cours du Carême et les homélies des dimanches et fêtes. Sa principale source est l'Écriture dont il explique les passages lus au cours des célébrations liturgiques, mais il n'ignore pas les écrits vétéro-testamentaires. Il commente avec art en utilisant la méthode typologique ou allégorique traditionnelle. Son but principal semble de confirmer la foi des fidèles, en éclairant le sens des festivités annuelles, et de leur fournir des orientations pour la pratique de la vie chrétienne.

Les sermons de saint Pierre Chrysologue sont une source précieuse pour l'histoire de la liturgie à Ravenne qui s'inspirait de celle de Rome et non de l'Orient, avec cependant des traits de la liturgie d'Aquilée. La série de sermons sur l'Annonciation, la génération du Christ et la Nativité (CXLI-CXLIX) est sans doute la plus riche en enseignements : Pierre y enseigne la maternité virginale de Marie et sa maternité divine ; il connaît le parallèle Eve-Marie et voit dans la Vierge Epouse et Mère le type de l'Église. Il insiste sur le réalisme de l'Incarnation, l'assomption par le Verbe de la condition humaine, mais sans préjudice de la divinité. C'est pour répondre au désir des hommes de voir Dieu que Dieu s'est fait homme. Plus profondément, le but de l'Incarnation est la divinisation de l'homme : « Le Christ est né pour restaurer, par sa naissance, la nature corrompue. Il a assumé l'enfance, il a subi les progrès de la croissance, il a parcouru les âges afin d'instaurer l'âge unique, parfait, durable, que lui-même avait fait... L'homme, qu'il avait fait terrestre, il l'a fait céleste ; cet homme, animé d'un esprit humain, il le vivifie en esprit divin, et ainsi il l'élève tout entier en Dieu, afin qu'il ne laisse en lui rien de ce qui venait du péché, de la mort, du travail, de la douleur, de la terre » (sermon CXLVIII, 5).

La série sur la Passion et la Résurrection (LXXII bis-LXXXIV) commente plus littéralement les péricopes évangéliques. Mais Pierre souligne aussi l'amour pour les hommes qui conduit le Christ à sa passion : « Priez, frères, pour que, par la même condescendance qui l'a conduit à souffrir, il nous dévoile le secret de sa passion et nous inspire à tous la cause d'une mort si sainte. » Car, comme un roi manifeste mieux sa gloire en venant combattre au milieu de ses troupes, le Christ « est venu jusqu'à notre servitude pour nous rendre à sa liberté... L'amour se prouve dans les adversités, l'affection se pèse d'après les périls, la dilection se reconnaît aux peines subies, la charité parfaite s'accomplit dans la mort » (sermon LXXII ter, 3-4). Le « mystère salvifique » de Pâques est de provoquer les chrétiens de vieille date à soutenir par leur exemple la foi et la vie des nouveaux baptisés, afin qu'ils prennent conscience de « leur nouvelle et totale création dans le Christ » et qu'ils s'abreuvent « aux seins de l'Église mère » (LXXIII, 3). « En ressuscitant des morts, le Christ n'abandonne pas l'homme mais l'assume : il appelle frères ceux qu'il fait membres de son Corps..., ceux qu'il adopte comme fils de son Père..., ceux auxquels, bienveillant héritier, il partage son héritage » (LXXX, 7). C'est pourquoi Paul invite à célébrer la Pâque « in azymis sinceritatis et veritatis » : « Nous mangeons l'Agneau de Dieu, nous immolons pour notre Pâque l'Agneau qui enlève le péché du monde, nous pour qui le Christ est né en vue d'une joie totale et a été transfiguré dans la gloire » (LXXII, 6).

La double série de sermons sur le Symbole de foi (LVI-LXII) et sur le Notre Père (LXVII-LXXII), prêchés aux catéchumènes durant le Carême, atteste le souci traditionnel du lien entre la lex credendi et la lex orandi. Plusieurs sermons traitent du jeûne (VII-IX ; XI ; XXII ; XLII-XLIII) ; Pierre explique son effet salutaire pour la purification et la sanctification des âmes. Comme le printemps met fin aux tempêtes de l'hiver et fait revivre la nature, le jeûne apporte la paix intérieure et réveille les esprits endormis : « Le jeûne, frères, est le gouvernail de notre vie humaine il régit le vaisseau tout entier de notre corps, élève en haut le c½ur, tend les voiles par les cordages de l'abstinence ajuste les rames de l'esprit, et par l'ample déploiement de la sincérité, appelle et invite le souffle de l'Esprit d'en haut ; ainsi, parmi les flots de ce monde, il dirige et conduit le radeau de notre vie charnelle jusqu'à la demeure plénière du port divin » (VII bis, 1). Mais Pierre Chrysologue insiste plus encore sur la nécessité d'éviter l'hypocrisie pharisaïque (VII) et sur l'authen­ti­cité du jeûne, dont la miséricorde, c'est-à-dire la charité bienfai­sante, est le critère pratique : « L'abstinence est la première médecine de l'homme ; mais, pour que la guérison soit totale, elle exige les dépenses de la miséricorde... Sans le parfum de la miséricorde, sans le ruissellement de l'amour, sans la dispen­sation de l'aumône, le jeûne ne donne pas aux esprits la parfaite santé. Le jeune guérit les blessures des péchés, mais il n'efface pas les cicatrices de ces blessures sans la miséricorde » (XLI, 3).

L'Eucharistie tient une place notable dans la prédication de Pierre Chrysologue, bien que la discipline de l'arcane lui interdise d'entrer dans l'exposé détaillé du mystère. Dans les sermons sur le Notre Père, il évoque déjà la signification eucharistique du « pain quotidien », en citant Jean (VI 51) : « Le Christ est le pain semé dans le sein de la Vierge, levé dans la chair formé dans la passion, cuit dans le four du tombeau, conservé dans les églises et distribué chaque jour aux fidèles comme une nourriture céleste placée sur les autels » (LXVII, 7). La célébration eucharistique était donc quotidienne à Ravenne, et les fidèles étaient invités à recevoir le Corps du Christ, comme un avant-goût du banquet céleste (LXVII, 7 ; LXXI, 7).

C'est surtout par l'élégance de son style que saint Pierre Chrysologue mérite l'appellation de « Chrysologue ». Mais il suffit à sa gloire d'avoir été un bon commentateur de la Parole de Dieu dans les cérémonies liturgiques, pour nourrir la foi de ses fidèles et maintenir l'authenticité de leur vie chrétienne.