2ème dimanche de Pâques - Année C

Epître

Lecture de l'Apocalypse de saint Jean (I 9-11,12-13,17-19).

Moi, Jean[1], votre frère, et qui ai part avec vous à l’affliction, et au royaume et à la constance[2] en Jésus, je me trouvai dans l’île appelée Patmos[3] à cause de la parole de Dieu et du témoignage pour Jésus[4].

C'était le jour du Seigneur[5] ; je fus inspiré par l'Esprit, et j'entendis derrière moi une voix puissante, pareille au son d'une trompette[6]. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises[7] qui sont en Asie mineure »[8]. Je me retournai pour voir qui parlait.

Quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d'or[9] ; et au milieu d'eux comme un fils d'homme[10], vêtu d'une longue tunique[11] ; une ceinture d'or[12] lui serrait la poitrine.

Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j'étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts[13]. Ecris donc ce que tu auras vu : ce qui arrive maintenant, et ce qui arrivera ensuite ».


Textes liturgiques © AELF, Paris


[1] Il n’est pas douteux que l’auteur de l’Apocalypse soit Jean qui s’y nomme quatre fois (I 1, I 4, I 9, XXII 8). Qui est ce Jean ? Saint Justin qui fut converti à Ephèse vers 135, dans le Dialogue avec Tryphon, écrit entre 151 et 155, dit : « un homme appelé Jean, l’un des apôtres du Christ, prédit, dans l’Apocalypse qu’il avait reçue, que ceux qui ont cru à notre Christ, passeront mille ans à Jérusalem » (Apocalypse, XX 5). Près de trente ans plus tard, dans l’« Adversus Hæreses », saint Irénée de Lyon cite plusieurs fois l’Apocalypse qu’il attribue, comme le quatrième évangile et les trois épîtres, à « Jean d’Ephèse, l’apôtre et disciple du Seigneur ». C’est l’opinion généralement admise dans l’Eglise latine où l’Apocalypse est inscrite au canon de l’Ecriture Sainte dès le deuxième siècle, comme en, témoigne le Canon de Muratori (liste des livres du Nouveau Testament établie à la fin du II° siècle et découverte par Muratori en 1740).

[2] Le mot constance appartient aussi au vocabulaire des épîtres de saint Paul ; il s’agit de la vertu qui permet d’endurer et de surmonter l’épreuve (évangile selon saint Luc, VIII 15 : « Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un cœur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par la constance »). L’affliction provoque la constance (épître de saint Paul aux Romains, V 3-4 : « Nous nous vantons encore des afflictions, sachant que l’affliction produit la constance, la constance la vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance ». Première épître de saint Paul à Timothée, II 12 « Si nous tenons, nous règnerons aussi avec lui ; si nous le renions, lui aussi nous reniera ») qui donne accès au Royaume (évangile selon saint Luc, XVII 21 « Car voilà que le royaume de Dieu est parmi vous »).

[3] Patmos, petite île rocheuse de 35 km2, est une des douze îles du Dodécanèse qui forment, dans la Mer Egée, le long de la côte sud-ouest de l’Asie Mineure, les Sporades méridionales ; Patmos est située en face de la Carie, au sud de l’île de Samos, à une journée de navigation au sud-ouest d’Ephèse, à peu près à la hauteur de Milet. Au dire de Pline, Patmos était, sous les Romains, un lieu de déportation (« Histoire naturelle », IV, XII 23). Barthélemy Holzhauser (Commentarii in Apolcalysin plane admirabiles) dit que « l’Eglise de Jésus-Christ est fort bien représentée sous la figure d’une île ; car dans l’Eglise, les choses célextes sont ouvertes aux fidèles comme une île est généralement accessible de quelque côté ; et de même qu’une île est continuellement exposée aux injures de la mer, ainsi l’Eglise est continuellement affligée par les persécutions du démon, de la chair et du monde. »

[4] D’après saint Irénée de Lyon dans l’« Adversus Hæreses », Jean « contempla l’Apocalypse il n’y a pas longtemps et presque dans notre génération, vers la fin du règne de Domitien ». Victorinus, évêque de Pettau, en Styrie, qui fut martyrisé sous Dioclétien (284-305), nous apprend que Jean fut condamné par Domitien à travailler dans les carrières du nord de l’îlot de Patmos et qu’il y écrivit ses visions, publiées après la mort du tyran. Domitien mourut le 18 septembre 96.

[5] « Le premier jour de la semaine, Marie la Magdaléenne vient au tombeau le matin, alors qu’il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau » (évangile selon saint Jean, XX 1). « Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles viennent à la tombe dès le lever du soleil » (évangile selon saint Marc, XVI 2). « Après le sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à luire, Marie la Magdaléenne et l’autre Marie vinrent regarder le sépulcre » (évangile selon saint Matthieu, XXVIII 1). « Et le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, elles vinrent à la tombe en apportant des aromates qu’elles avaient préparés » (évangile selon saint Luc, XXIV 1). « Le premier jour de la semaine, comme nous étions rassemblés pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, leur parlait, et il prolongea son discours jusqu’à minuit » (Actes des Apôtres, XX 7).

[6] La trompette est un instrument de musique à vent, de forme droite et généralement en métal (bronze ou argent). La trompette, dans la liturgie de l’Ancienne Alliance, était utilisée : pour convoquer ou disperser une assemblée (livre des Nombres, X 2 : « Fais-toi deux trompettes d’argent ; de métal repoussé tu les feras. Elles te serviront pour la convocation de la communauté et pour le départ des camps ». Livre de l’Exode, XIX 16 : « Or, le troisième jour, dès le matin, il y eut des tonnerres, des éclairs, une lourde nuée sur la montagne et un son de cor très puissant ; tout le peuple qui était dans le camp trembla ») ; pour accompagner les holocaustes et les sacrifices dans le Temple (deuxième livre des Chroniques, XXIX 26-28 : « Quand les lévites eurent pris place avec les instruments de David, et les prêtres avec les trompettes, Ezéchias ordonna d’offrir l’holocauste sur l’autel, et au moment où commença l’holocauste, commença le chant de Yahvé, au son des trompettes, avec accompagnement des instrument de David, roi d’Israël. Toute l’assemblée était prosternée, tandis que le chant retentissait et qu’on sonnait des trompettes, tou cela jusqu’à l’achèvement de l’holocauste ») ; pour acclamer le Seigneur (Psaume XCVIII 6 : « Avec les trompettes et au son du cor, acclamez devant le Roi Yahvé ». Premier livre des Chroniques, XVI 42 : « De trompettes et des cymbales pour en jouer et les instruments pour les cantiques de Dieu »). Dans le Nouveau Testament, la trompette qui est représentée comme un instrument particulièrement bruyant (évangile selon saint Matthieu, VI 2 ; épître aux Hébreux, XII 19) est utilisée par les anges, à la fin des temps (évangile selon saint Matthieu, XXIV 31 : « Et il enverra ses anges avec la grande trompette, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités ». première épître de saint Paul aux Corinthiens, XV 52 : « Car elle sonnera la trompette, et le morts seront relevés incorruptibles, et nous, nous serons changés » ; première épître de saint Paul aux Thessaloniciens, IV 16 : « Car à un signal donné, à la voix d’un archange, au coup de trompette de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront d’abord »), comme l’avait annoncé Isaïe (Isaïe, XXVII 13 : « Il adviendra, en ce jour-là, qu’on sonnera de la grande trompette ; viendront alors ceux qui étaient perdus au pays d’Assour et ceux qui étaient bannis au pays d’Egypte, et ils adoreront Yahvé sur la montagne sainte, à Jérusalem »).

[7] Il s’agit des Eglises qui sont « à Ephèse, et à Smyrne, et à Pergame, et à Thyatire, et à Sardes, et à Philadelphie et à Laodicée ». Puisque l’Asie proconsulaire comptait alors bien plus d’Eglises que les Eglises qui sont ici désignées, il faudrait pouvoir dire les raisons de ce choix, or personne ne peut dire avec certitude pourquoi elles ont été choisies de préférence aux autres ; à la suite du vénérable Barthélemy Holzhauser d’aucuns ont pensé que les sept Eglises ont été choisies à cause de la signification de leur nom, de manière à présenter les sept âges, les sept situations, de l’Eglise : Ephèse, la désirable ; Smyrne, l’amertume ; Pergame, l’élévation ; Thyatire, l’encens. Pourquoi sept ? Dans le langage symbolique, surtout dans l’Apocalypse, le sens qualitatif d’un nombre est plus important que son sens quantitatif. Le nombre sept, indivisible, souvent employé dans l’Ecriture, symbolise la plénitude et l’universalité, l’achèvement et la perfection. Le septième jour de la Création (Genèse II 2-3) ; dans l’arche, Dieu ordonne à Noé de prendre sept couples de tous les animaux purs (Genèse VII 2) ; l’arche de Noé se pose sur les monts d’Ararat le septième mois (Genèse VIII 4) ; lors de son alliance avec Abimèlek, au puits de Bersabée, Abraham lui offre sept agnelles (Genèse XXI 28-29) ; les sept vaches grasses et les sept vaches maigres puis les sept épis vides et les sept épis pleins des songes de Pharaon expliqué par Joseph (Genèse XLI 1-36) ; le chandelier à sept branches (Exode XXV 31-40) ; les sept trompettes portées par sept prêtres qui firent tomber les murs de Jéricho, au septième jour après sept tours de la ville (Josué VI) ; les sept fêtes d’Israël (Azymes, Pâques, Pentecôte, Tabernacles, l’Expiation, Hanouka, Pourim) ; les sept paraboles du Royaume dans l’évangile selon saint Matthieu (le semeur, le bon grain et l’ivraie, la grain de sénevé, le levain, le trésor caché, la perle précieuse, la senne) ; les sept paroles que Jésus prononça sur la Croix (« Eli, Eli, lema sabachthani ; En vérité je te le dis : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ; Père, entre tes mains je remets mon esprit ; Femme, voilà ton fils ; Voilà ta mère ; j’ai soif ; tout est consommé »). Les sept couleurs fondamentales de l’arc-en-ciel (blanc, violet, bleu, vert, jaune, orangé, rouge). Dans l’Apocalypse, le nombre sept symbolise la totalité des manifestations de Dieu dans une série particulière, ainsi nous pouvons penser que les sept Eglises représentent la totalité des situations où peut se trouver l’Eglise sur la terre. Sept résume la plénitude de la vie chrétienne en additionnant les trois vertus théologales (foi, espérance et charité) aux quatre vertus cardinales (prudence, tempérance, justice et force) ou en déclinant les sept dons du Saint-Esprit (sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu). « A travers ces sept Eglises, l’auteur de l’Apocalypse, dit saint Bède le Vénérable, écrit à toutes les Eglises » ; ainsi, les sept dons du Saint-Esprit comprennent tous les dons du Saint-Esprit, les sept péchés capitaux comprennent tous les péchés possibles ou les sept douleurs de la Vierge évoquent toutes les douleurs de la Vierge.

[8] A l’ouest de l’Asie Mineure, l’Asie proconsulaire qui comprend l’ancien royaume de Pergame, est organisée en province romaine (129 av. J.-C.) ; elle englobe la Carie, la Lydie, la Mysie et la Phrygie ; à l’époque impériale, l’Asie proconsulaire est une province sénatoriale gouvernée par un proconsul ; la capitale de l’Asie proconsulaire est Ephèse où saint Jean résidait à la fin de sa vie. Même si saint Jean, ne désigne par Asie que la bande côtière qui est héllénisée depuis l’époque archaïque, par opposition aux régions intérieuresqui ont gardé leurs particularismes, force est de constater que cette province comprend bien d’autres Eglises que les sept qui seront nommément citées au onzième verset de ce premier chapitre de l’Apocalypse (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée), telles les Eglises de Milet, de Troas, de Colosses, d’Hiérapolis, de Tralles ou de Magnésie. Pour expliquer le choix de l’Apocalypse, les uns ont supposé que ces sept villes étaient des hauts lieux du culte impérial, d’autres ont pensé que ces sept villes étaient nommées dans l’ordre où on les rencontrait en suivant une route circulaire qui partirait d’Ephèse, certains ont avancé que ces sept Eglises étaient plus menacées par l’hérésie que les autres, enfin les derniers ont dit que ces sept Eglises furent les premières fondées.

[9] Comme, dans le Temple de Jérusalem, les sept lampes du chandelier à sept branches (Livre de l’Exode XXV 31-37) signifiait le culte perpétuel de tout le peuple d’Israël, chacun des lampadaires représente le service de divin de son Eglise.

[10] « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un fils d’homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit » (Daniel VII 13-14). Fils de l'homme (ben-adam ou ben-enosh en hébreux, bar-nasha en araméen) signifie d'abord, dans des textes souvent poétiques, membre de la race humaine, avec une nuance de faiblesse : « Dieu n'est pas homme pour qu'il mente, ni fils d'homme pour qu'il se rétracte (Livre des Nombres XXIII 19) ; le fils d'homme, ce vermisseau » (Job XXV 6). En Babylonie (mar awili) il désigne un homme libre de condition supérieure et c'est sans doute dans ce sens qu'on l'emploie à propos d'Ezéchiel (quatre-vingt-treize fois). L'expression est propre à Jésus et on ne la rencontre chez ses interlocuteurs qu'une seule fois, pour en demander le sens : « Qui est-il ce Fils de l'homme ? » (saint Jean XII 34) ; dans le reste du Nouveau Testament, on la rencontre un fois dans la bouche d'Etienne (Actes VII 56), une fois dans l'épître aux Hébreux (II 6) et deux fois dans l'Apocalypse (I 13 et XIV 14).

[11] Une robe de prêtre.

[12] Une ceinture de roi.

[13] Pour le séjour des morts, l’Ancien Testament hébreux parlait du Shéol que les Septantes ont traduit par le grec Hadès. Dans le Nouveau Testament, l’Hadès, à l’opposé du Ciel, est tout en bas (« Il est monté ; qu’est-ce à dire, sinon qu’il était aussi descendu dans les régions inférieures de la terre ? » Epître de saint Paul aux Ephésiens IV 9. « Et toi, Capharnaüm, serais-tu élevée jusqu’au Ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendra » (évangile selon saint Matthieu XI 23 & évangile selon saint Luc X 15).